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		<title>Les Racines historiques du conte merveilleux de Vladimir Propp / recension (2019)</title>
		<link>https://www.cosidor.net/ecriture/article/les-racines-historiques-du-conte-merveilleux-de-vladimir-propp-recension-2019</link>
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		<dc:date>2024-11-14T21:18:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Cillaire</dc:creator>


		<dc:subject>archive</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vladimir Iakovlevitch Propp est n&#233; en 1895 &#224; Saint-P&#233;tersbourg et meurt dans la m&#234;me ville devenue Leningrad en 1970. Issu d'une famille modeste, de parents d'origine germanique, il enseignera toute sa vie : d'abord comme instituteur puis comme professeur d'allemand, dans le secondaire puis dans le sup&#233;rieur, il enseigne alors aussi le russe et devient, en 1938, professeur d'universit&#233; &#224; Leningrad. En 1928 para&#238;t Morphologie du conte. Propp fait d&#233;j&#224; partie d'un courant de recherche qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cosidor.net/mot/archive" rel="tag"&gt;archive&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vladimir Iakovlevitch Propp est n&#233; en 1895 &#224; Saint-P&#233;tersbourg et meurt dans la m&#234;me ville devenue Leningrad en 1970.&lt;br class='autobr' /&gt;
Issu d'une famille modeste, de parents d'origine germanique, il enseignera toute sa vie : d'abord comme instituteur puis comme professeur d'allemand, dans le secondaire puis dans le sup&#233;rieur, il enseigne alors aussi le russe et devient, en 1938, professeur d'universit&#233; &#224; Leningrad.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1928 para&#238;t &lt;i&gt;Morphologie du conte&lt;/i&gt;. Propp fait d&#233;j&#224; partie d'un courant de recherche qui r&#233;unit linguistes et th&#233;oriciens de la litt&#233;rature appel&#233; le formalisme (auquel appartiennent des penseurs tr&#232;s influents par la suite comme Roman Jakobson ou Mikha&#235;l Bakhtine, suivant l'opposition courante Leningrad/Moscou&#8230;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces chercheurs s'attachent &#224; &#233;tudier l'&#339;uvre litt&#233;raire en fonction de sa litt&#233;ralit&#233; (&#171; ce qui fait d'une &#339;uvre une &#339;uvre litt&#233;raire &#187;, selon l'expression de Jakobson), c'est-&#224;-dire en fonction de sa structure (de laquelle d&#233;pend bien s&#251;r le fond), la r&#233;currence des motifs, le rythme, la densit&#233; des figures, etc. Bref, en fonction des &#171; qualit&#233;s intrins&#232;ques du mat&#233;riau litt&#233;raire &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce courant s'oppose &#224; une certaine critique qui analyse les &#339;uvres selon un symbolisme pr&#233;&#233;tabli ou &#224; partir de ph&#233;nom&#232;nes extra-litt&#233;raires (les m&#339;urs, l'Histoire&#8230;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; ses coll&#232;gues qui &#233;largiront leur champ d'&#233;tudes (Jakobson et les diff&#233;rentes fonctions du langage, Bakhtine sur le dialogisme ou l'esth&#233;tique carnavalesque, Tynianov sur la dialectique des genres), Propp restera attach&#233; toute sa vie &#224; l'&#233;tude du folklore depuis &lt;i&gt;Morphologie du conte&lt;/i&gt; (1928), &lt;i&gt;Racines Historiques du contes merveilleux&lt;/i&gt; (1946), &lt;i&gt;L'&#201;pop&#233;e h&#233;ro&#239;que russe&lt;/i&gt; (1955), jusqu'aux &lt;i&gt;F&#234;tes agraires russes&lt;/i&gt; (1963), en passant par de nombreux articles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paru en 1928, traduit en anglais (1958) et italien (1966), revu en 1969 par son auteur (traduit en fran&#231;ais en 1965 puis en 1970, &#224; partir de la 2e &#233;dition russe), &lt;i&gt;Morphologie du conte&lt;/i&gt; rencontre trente ans apr&#232;s sa parution un succ&#232;s consid&#233;rable en Occident. Il est rare d'&#233;tudier les lettres modernes sans tomber sur ce livre. Moi-m&#234;me, &#224; l'occasion de ce texte, j'ai retrouv&#233; mon exemplaire qui date de 1997, l'ann&#233;e de mes vingt ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Morphologie du conte&lt;/i&gt; (MDC) est un pr&#233;lude au grand &#338;uvre, les &lt;i&gt;Racines historiques du conte merveilleux&lt;/i&gt; (RH).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/64447659.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/64447659.jpg?1731664430' width='500' height='786' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/local/cache-vignettes/L299xH482/9782070249237_1_75-e795a.jpg?1731665745' width='299' height='482' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re pierre de l'&#233;difice, MDC est une &#233;tude synchronique (&#171; &#224; un moment pr&#233;cis &#187;), formelle, de la composition du conte &#224; partir d'un mat&#233;riau russe, &#224; savoir les contes d'Afanassiev (1826-1871 &#8212; 600 contes). &lt;br class='autobr' /&gt;
Les RH en revanche est une &#233;tude diachronique (&#171; l'histoire de, l'&#233;tude de l'&#233;volution &#187;), une vaste enqu&#234;te historique, ethnographique, folklorique, men&#233;e &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;POINT DE D&#201;PART - la pr&#233;face de Daniel Fabre et Jean-Claude Schmitt&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; en 1946, RH a une th&#233;orie centrale : &#171; le conte merveilleux en tant que genre relevant d'une composition d&#233;termin&#233;e est, en fin de compte, g&#233;n&#233;tiquement li&#233; aux rites et aux conceptions de soci&#233;t&#233;s primitives. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Propp assoit l'id&#233;e que, je cite Daniel Fabre et Jean-Claude Schmitt dans leur pr&#233;face : &#171; le conte merveilleux forme un tout, un ensemble indissociable ; chaque r&#233;cit n'est qu'une variation sur la m&#233;lodie de base, le chercheur ne doit donc jamais s'enfermer dans l'&#233;tude d'un type mais au contraire brasser toute cette mati&#232;re dont l'homog&#233;n&#233;it&#233; &#8212; formelle et s&#233;mantique &#172;&#8212; est d&#233;montr&#233;e. Une fois trac&#233;s les contours de l'objet il est possible d'interroger son contenu, d'en penser l'origine : d'o&#249; viennent ces personnages, ces croyances, ces comportements, ces coutumes que tous les contes rapportent ? &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Propp ne croit pas &#224; la migration, c'est-&#224;-dire &#224; l'id&#233;e que les contes seraient &#171; n&#233;s en un foyer unique, l'Inde par exemple, ni m&#234;me en plusieurs foyers identifiables ; leur extension universelle rend st&#233;rile, &#224; ses yeux, une histoire qui se fondrait sur l'actuelle r&#233;partition dans l'espace de tel ou tel r&#233;cit. Il ne croit pas davantage &#224; l'existence d'un symbolisme g&#233;n&#233;ral, actif dans toutes les cultures et dont on pourrait traduire le lexique : peut-on admettre, avec Frobenius [Leo, 1873-1938, anthropologue allemand] que le dragon soit partout et toujours un symbole solaire ? Il refuse enfin la psychanalyse, &#224; travers les &#339;uvres de Freud et de Rank qu'il a directement pratiqu&#233;es ; leur lecture des mythes lui semble tout &#224; fait ignorante des exigences de l'ethnographie et de l'histoire, elle n'acc&#232;de en aucun cas au sens &#171; originel &#187;. Il n'y a ni peuples &#233;lus, cr&#233;ateurs de contes, ni esprit humain partout peupl&#233; des m&#234;mes symboles ou travers&#233; des m&#234;mes conflits, il faut donc chercher ailleurs. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Propp formule &#171; l'hypoth&#232;se d'une formation des contes &#233;tal&#233;e dans le temps. [&#8230;] Les th&#232;mes, les personnages ne s'&#233;liminent jamais totalement les uns les autres. Le plus souvent ils coexistent : le Diable du Christianisme peut prendre la place, dans le m&#234;me r&#244;le, d'un plus ancien dragon, toujours pr&#233;sent pourtant dans d'autres versions. Parfois ces figures se rencontrent, se superposent, se combinent. Donc le contenu s'offre au regard tel un paysage o&#249; les couches les plus anciennes affleurent aux c&#244;t&#233;s de plus r&#233;centes comme apr&#232;s un plissement g&#233;ologique. Et Propp de classer et noter toutes ces relations d'&#233;quivalence qu'il nomme transformations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est que le premier moment de la recherche, celui du constat, de l'inventaire, de la mise en ordre hypoth&#233;tique. Pour acc&#233;der &#224; l'histoire proprement dite, il faut confronter le conte et le contexte. Or les derni&#232;res soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes d&#233;tentrices de ces traditions orales, les soci&#233;t&#233;s paysannes qui, depuis le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, ont livr&#233; aux collecteurs des milliers de contes, situent, en principe, celui-ci dans le domaine de la fantaisie pure : &#171; skazka-skladka, le conte est invention &#187; se plaisent &#224; rappeler les conteurs russes. Ce sentiment d'&#233;tranget&#233; confirme bien que seul un pass&#233; lointain, un pass&#233; effac&#233; de la m&#233;moire collective, d&#233;tient la clef du sens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propp s'oppose en cela &#224; une certaine &#171; science bourgeoise &#187; (celle de l'anthropologue &#233;cossais Frazer 1854-1941 par exemple) qui &#233;tablit maints parall&#233;lismes entre ce que narre le conte et des ph&#233;nom&#232;nes sociaux tels le mariage, les croyances et les rites saisonniers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour lui le conte garde m&#233;moire d'une r&#233;alit&#233; faite d'usages, rituels, croyances, institutions ; c'est l&#224; la seule mati&#232;re du r&#233;cit. Il faut penser une th&#233;orie qui &#171; pense d'une part, les rapports du contexte et du conte (car le conte n'est pas contemporain de son contexte) et, d'autre part, l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s humaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;COMPOSITION - Comment s'y prend Vladimir Propp ?&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les RH se pr&#233;sente comme un ensemble de pr&#232;s de 500 pages en traduction fran&#231;aise, d&#233;coup&#233; en dix chapitres comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chapitre d'introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Huit chapitres consacr&#233;s &#224; diff&#233;rents aspects ou leitmotive des contes : le d&#233;but du conte, la for&#234;t myst&#233;rieuse, la grande maison, les dons magiques, la travers&#233;e, pr&#232;s de la rivi&#232;re de feu, par-del&#224; trois fois neuf pays, la fianc&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin un chapitre conclusif d'une dizaine de pages intitul&#233; : &lt;i&gt;Le conte envisag&#233; comme un tout&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun des huit chapitres centraux est lui-m&#234;me partag&#233; en sous chapitres et sous-sous chapitres qui permettent d'exposer le plus clairement possible la totalit&#233; des motifs pris en compte pour les besoins de l'enqu&#234;te ethnographique&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode utilis&#233;e par Propp est la suivante : dans son chapitre introductif, Propp pose une dizaine de pr&#233;misses pour fixer des limites &#224; son &#233;tude :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Question fondamentale &#224; laquelle il pr&#233;tend r&#233;pondre : &#171; rechercher &#224; quels ph&#233;nom&#232;nes (et non &#224; quels &#233;v&#233;nements) du pass&#233; historique remonte le conte, et dans quelles mesure ce pass&#233; historique le conditionne et l'appelle effectivement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	D&#233;finition du conte merveilleux (voir ceux &#233;tudi&#233;s dans MDC) : il commence par un tort ou un dommage caus&#233; &#224; quelqu'un (enl&#232;vement, exil) ou par le d&#233;sir de poss&#233;der quelque chose (le tsar envoie son fils chercher l'oiseau de feu), et dont le d&#233;veloppement est le suivant : d&#233;part du h&#233;ros de la maison, rencontre avec le donateur qui lui donne un moyen magique ou une aide magique qui lui permettront de trouver l'objet cherch&#233;. Puis viennent : le duel avec l'adversaire (la forme la plus importante en &#233;tant le combat avec le dragon), le retour [et la poursuite].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	L'&#233;tude de la structure des contes merveilleux (MDC) montre l'&#233;troite parent&#233; de ces contes entre eux. Cette parent&#233; am&#232;ne deux autres principes : &#171; pas un sujet de conte merveilleux ne peut &#234;tre &#233;tudi&#233; &#187; seul ET &#171; pas un motif de conte merveilleux ne peut &#234;tre &#233;tudi&#233; sans &#234;tre rapport&#233; &#224; l'ensemble du conte &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Propp affirme alors que le conte merveilleux est un TOUT (les sujets sont li&#233;s et conditionn&#233;s entre eux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Propp pose le conte comme ph&#233;nom&#232;ne de superstructure. C'est-&#224;-dire qu'il ne correspond pas &#224; une forme de production concomitante &#224; son existence (il est plus ant&#233;rieur que le capitalisme, plus ant&#233;rieur que le f&#233;odalisme, etc.) C'est &#224; la r&#233;alit&#233; historique du pass&#233; qu'il faut confronter le conte et y chercher ses racines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Si certains motifs du conte peuvent renvoyer &#224; des institutions sociales (ex : le h&#233;ros cherche sa fianc&#233;e au loin, reflet de ph&#233;nom&#232;ne d'exogamie), d'autres motifs ne semblent li&#233;s &#224; aucune institution du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Propp rappelle alors l'id&#233;e avanc&#233;e depuis longtemps de l'existence d'un rapport entre le conte d'une part et toute la sph&#232;re des cultes et la religion d'autre part. Mais de la m&#234;me fa&#231;on qu'on ne peut r&#233;f&#233;rer directement le conte &#224; un r&#233;gime social, on ne peut le r&#233;f&#233;rer &#224; la religion en g&#233;n&#233;ral. C'est &#224; des manifestations concr&#232;tes de la religion qu'il faut le comparer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Engels, dit Propp, la religion est le reflet des forces de la nature et des forces sociales. Ce reflet est double : si le but cherch&#233; est la connaissance, il peut s'exprimer dans des dogmes et des enseignements, se manifester dans des moyens pour expliquer le monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si le but cherch&#233; est la domination, il s'exprime dans des actes ou actions qui ont pour but d'agir sur la nature et de la soumettre. Ce sont ses actions que nous appelons rites et coutumes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rite et coutume ne sont pas la m&#234;me chose. Une coutume est constitu&#233;e de rites, c'est pourquoi il faut les &#233;tudier ENSEMBLE.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conte garde la trace de nombreux rites et coutumes ; c'est pourquoi il faut &#233;tudier le rapport du conte aux rites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois il y a une correspondance directe : exemple il est dit dans le conte qu'on enfermait les enfants royaux dans une cave (personne ne devait les voir) et c'est exactement ce qui se passait dans la r&#233;alit&#233; historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus souvent, la correspondance n'est pas directe et on a ce qu'on appelle une &#171; transposition du rite &#187; (remplacement au sein d'un rite d'un ou plusieurs &#233;l&#233;ments devenu(s) inutile(s) ou obscur(s) en raison de modifications historiques, par un autre &#233;l&#233;ment, plus compr&#233;hensible). La transposition devient alors une d&#233;formation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lien initial est parfois si obscurci qu'il n'est pas toujours possible de le d&#233;tecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	On peut parler aussi parfois d'inversion de rite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes du rite sont conserv&#233;es dans le conte mais re&#231;oivent un sens contraire &#224; celui qu'elles avaient dans le rite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ex : dans certains rites, on conduisait une jeune fille en sacrifice &#224; la rivi&#232;re dont d&#233;pendait la fertilit&#233;. Dans le conte, un h&#233;ros va surgir qui d&#233;livre la jeune fille du monstre qui allait la d&#233;vorer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le rite, un tel &#171; lib&#233;rateur &#187; serait tr&#232;s mal per&#231;u puisque mettant en danger le bien-&#234;tre d'un peuple. Mais le conte a une attitude n&#233;gative &#224; l'&#233;gard de cette r&#233;alit&#233; historique &#171; d&#233;pass&#233;e &#187;. Le sujet na&#238;t d'une n&#233;gation de cette r&#233;alit&#233;, une inversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour retrouver le sens initial du rite, le folkloriste doit se d&#233;tourner du conte et devenir ethnographe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, le conte permet &#233;galement de remonter &#224; des rites trop lointainement effac&#233;s ou incompris et de les &#233;clairer (les l&#233;gendes sib&#233;riennes, par exemple, ont permis de reconstruire les anciennes croyances tot&#233;miques). Mais il faut &#234;tre extr&#234;mement prudent. (Propp fait ainsi le reproche &#224; Frazer d'avoir b&#226;ti sa reconstruction du &lt;i&gt;Rameau d'or&lt;/i&gt; sur des pr&#233;misses tir&#233;s du conte mais mal compris et insuffisamment &#233;tudi&#233;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.	Le conte et le mythe&lt;br class='autobr' /&gt;
Par mythe, je cite : &#171; nous comprendrons tout r&#233;cit sur les dieux et les &#234;tres divins en la r&#233;alit&#233; desquels un peuple croit effectivement &#187;. Le mythe et le conte se distinguent non par leur forme mais par leur fonction sociale (le mythe d'H&#233;racl&#232;s ressemble &#224; un certain conte o&#249; le h&#233;ros va &#233;galement chercher des pommes d'or mais H&#233;racl&#232;s &#233;tait une divinit&#233; &#224; qui l'on rendait un culte).&lt;br class='autobr' /&gt;
Propp estime que les mythes doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;s justement en tant que fait historique (souvent ils apparaissent comme des &#171; contes primitifs &#187;, c'est-&#224;-dire ant&#233;rieurs &#224; la plupart des contes).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le mythe qui a perdu sa signification sociale devient un conte &#187; p.347 Tronsky (Le mythe antique et le conte moderne) voir si besoin p.346-347&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour son &#233;tude, Propp privil&#233;gie les mat&#233;riaux am&#233;rindiens et, partiellement, les mat&#233;riaux oc&#233;aniens et africains. En Asie, au peuple tr&#232;s cultiv&#233;, tous les stades de culture s'y trouvent ; du coup le m&#233;lange g&#234;ne l'&#233;tude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mythes de l'Antiquit&#233; gr&#233;co-romaine, de Babylone, de l'Egypte, une partie des mythes de l'Inde et de la Chine sont parvenus par le prisme d&#233;formant de l'&#233;criture. Leur forme n'est pas authentique (donc &#224; prendre avec pr&#233;caution). Il peut arriver que le conte russe fournisse un mat&#233;riel plus archa&#239;que que le mythe grec par exemple. (p.31)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.	Le conte et la pens&#233;e primitive&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous me direz, &#224; juste titre : mais le dragon ou le cheval ail&#233;, la petite isba mont&#233;e sur pattes de poule, &#224; quelle r&#233;alit&#233; imm&#233;diate renvoient-ils ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, nous dit Propp, &#171; il n'y a jamais eu ni dragon ail&#233; ni petite isba mont&#233;e sur pattes de poule. Et cependant ils sont historiques, mais ce qui est historique, ce n'est pas eux, en eux-m&#234;mes, mais leur pr&#233;sence dans le conte, et c'est celle-ci qui doit trouver une explication.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pens&#233;e primitive ne conna&#238;t pas l'abstraction. Elle se manifeste dans des actes, des formes d'organisation sociale, le folklore et la langue. L'acte rituel est provoqu&#233; de fa&#231;on indirecte &#224; travers le prisme d'une certaine pens&#233;e, conditionn&#233;e en derni&#232;re analyse par le m&#234;me facteur que l'action elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conte peut &#234;tre le reflet de certaines formes de pens&#233;e (qui, dans ce sens, sont aussi historiques) et non pas de fait r&#233;els et v&#233;cus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.	Propp parle &#224; propos de son travail d'une &#233;tude g&#233;n&#233;tique, c'est-&#224;-dire li&#233;e &#224; la gen&#232;se, ayant donc pour but d'&#233;tudier l'origine d'un ph&#233;nom&#232;ne (/ &#233;tude historique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.	M&#233;thode et mat&#233;riel&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Propp, le folklore est un ph&#233;nom&#232;ne international. Le mat&#233;riel folklorique se r&#233;p&#232;te et peut &#234;tre soumis &#224; des lois.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il n'est pas essentiel de savoir si les 200 ou 300 ou 500 variantes ou versions de chaque &#233;l&#233;ment (ou de chaque partie de mat&#233;riel) soumis &#224; l'&#233;tude ont &#233;t&#233; effectivement prises en compte. Il en va de m&#234;me pour les rites, les mythes, etc. &#187; Propp cite alors Engels : &#171; Si vous voulions attendre que tout le mat&#233;riel soit d&#233;brouill&#233; avant de formuler une loi, il nous faudrait remettre ind&#233;finiment la recherche th&#233;orique et, rien que pour cette raison, nous n'obtiendrions pas la loi. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les RH utilise comme point de d&#233;part les contes merveilleux russes (le mat&#233;riau des contes d'Afanassiev (1826-1871 &#8212; 600 contes ce qui &#233;tait le cas dans MDC) mais &#233;galement des corpus venus de Gr&#232;ce, &#201;gypte, Afrique, Asie, Inde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Enfin, Propp affirme que les rites, les mythes, les formes de pens&#233;e primitive ainsi que certaines institutions sociales sont des productions ant&#233;rieures au conte, susceptibles de l'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;&#201;TUDE&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Durant les quatre-cents-cinquante pages suivantes, Propp t&#226;che de rattacher un grand nombre de motifs &#224; des r&#233;alit&#233;s remontant le plus souvent &#224; des temps primitifs o&#249; les soci&#233;t&#233;s fonctionnent encore, le plus souvent, sans classes. De cet expos&#233;, Propp &#233;labore dans sa postface deux cycles principaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier, auquel se rattachent le plus grand nombre de motifs, est celui d&#233;volu au rite d'initiation. Propp consid&#232;re que ce cycle est la base la plus archa&#239;que du conte.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre cycle &#224; pouvoir &#234;tre mis en correspondance avec le conte est le cycle des conceptions de la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
P.470 : &#171; La combinaison de ces deux cycles donne presque toutes (mais cependant pas toutes) les composantes essentielles du conte. Il n'est pas possible de tracer une limite exacte entre ces deux cycles. Nous savons que tout le rite d'initiation &#233;tait interpr&#233;t&#233; comme un s&#233;jour dans le pays de la mort et, r&#233;ciproquement, que le mort &#233;tait cens&#233; subir tout ce que subissait l'initi&#233; : il recevait un aide, rencontrait un d&#233;voreur, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on s'efforce de se repr&#233;senter tout ce qui arrivait &#224; l'initi&#233; et de le raconter de fa&#231;on suivie, on obtient justement la composition du conte merveilleux. Si l'on veut raconter de fa&#231;on suivie ce que l'on imaginait se passer avec le mort, on obtient le m&#234;me sch&#233;ma, mais avec adjonction des &#233;l&#233;ments tout &#224; l'heure manquants. Ces deux cycles pris ensemble donnent presque tous les &#233;l&#233;ments &#224; partir desquels est construit le conte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'avons-nous donc trouv&#233; ? Nous avons trouv&#233; que l'unit&#233; de composition du conte ne r&#233;side pas dans de quelconques particularit&#233;s du psychisme humain, mais dans la r&#233;alit&#233; historique du pass&#233;. Ce qui, &#224; pr&#233;sent, se raconte, &#233;tait autrefois agi, jou&#233; ou repr&#233;sent&#233; de fa&#231;on ou d'autre. De ces deux cycles, le premier &#224; d&#233;p&#233;rir est le rite. Le rite dispara&#238;t alors que les conceptions sur la mort continuent &#224; se d&#233;velopper, &#224; se modifier, une fois perdu tout lien avec le rite. La disparition du rite est en rapport avec la disparition de la chasse en tant que source d'existence unique ou essentielle. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour vous donner un aper&#231;u de l'ampleur de la d&#233;marche de Propp et, d'une pierre deux coups, rapprocher les rites modernes des rites primitifs d'initiation, j'ai pioch&#233; au fil des chapitres et de ma lecture les motifs qui me semblent les plus pertinents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je laisse donc volontairement, aussi par souci de temps, l'expos&#233; de motifs certes passionnants mais qui nous sortiraient du sujet de l'initiation, et des liens que vous ne manquerez pas de faire. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le chapitre &lt;i&gt;La for&#234;t myst&#233;rieuse&lt;/i&gt;, il est question du rite d'initiation (p.68), celui qui avait lieu au moment de la pubert&#233;. Une institution propre au r&#233;gime tribal. Pendant le rite, le gar&#231;on &#233;tait cens&#233; mourir et ressuscit&#233; sous la forme d'un homme nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mort et la r&#233;surrection &#233;taient provoqu&#233;es par des actions symbolisant l'engloutissement de l'enfant par un animal monstrueux qui le d&#233;vorait (voir Jonas et la baleine ou, plus r&#233;cemment, Pinocchio).&lt;br class='autobr' /&gt;
En vue de l'accomplissement de ce rite, on construisait parfois des maisons ou des huttes sp&#233;ciales, qui avaient la forme d'un animal, avec une porte repr&#233;sentant la gueule. C'est l&#224; que se faisait la circoncision (variantes : tortures et s&#233;vices physiques, doigts coup&#233;s, dents arrach&#233;es, etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre forme de mort momentan&#233;e trouvait son expression dans le fait que le gar&#231;on &#233;tait symboliquement br&#251;l&#233;, bouilli, r&#244;ti, coup&#233; en morceaux puis ressuscit&#233;. Le ressuscit&#233; recevait un nom nouveau, avait la peau marqu&#233;e de sceaux ou autres signes r&#233;v&#233;lateurs du rite subi.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'isba sur pattes de poules qu'on trouve dans nombre de contes russes est sans doute un reste de ses maisons zoomorphes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'entr&#233;e dans la maison est alors pr&#233;c&#233;d&#233;e du rite d'appellation : autrement dit, mieux vaut conna&#238;tre son mot de passe !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Souvenons-nous du conte d'Ali Baba et des quarante voleurs, [&#8230;]. Cette magie des mots et des noms de passe s'est conserv&#233;e avec beaucoup de clart&#233; dans le culte &#233;gyptien des morts. Au chapitre 127 du &lt;i&gt;Livre des morts&lt;/i&gt; (appel&#233; aussi &lt;i&gt;Livre pour sortir au jour&lt;/i&gt; et qui remonte &#224; l'Egypte antique) : &#171; Nous ne te laisserons pas passer, disent les verrous de la porte, tant que tu n'auras pas prononc&#233; notre nom. Je ne te laisserai pas passer, dit le pilier gauche de la porte, tant que tu n'auras pas prononc&#233; mon nom. Ainsi dit le pilier droit &#187;. Et ainsi de suite avec le seuil, la serrure, les n&#339;uds, le linteau et le plancher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, le substrat le plus ancien est la construction d'une hutte de forme animale servant au rite d'initiation (cr&#233;ation du rite tribal, il refl&#232;te les int&#233;r&#234;ts et les conceptions de peuples chasseurs). Le candidat &#233;tait suppos&#233; descendre, &#224; travers cette hutte, dans le royaume des morts. C'est la raison pour laquelle la hutte a ce caract&#232;re de passage vers l'autre monde. Dans les mythes, le caract&#232;re zoomorphe de la hutte dispara&#238;t, mais la porte (et dans le conte russe, les poteaux) conserve son aspect zoomorphe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'apparition de l'&#201;tat de type &#233;gyptien, il ne reste aucun trait remontant &#224; l'initiation. Il y a une porte, qui est l'entr&#233;e de l'autre royaume, et le mort doit conna&#238;tre le mot magique qui l'ouvrira. &#192; ce stade, apparaissent la libation et le sacrifice, &#233;galement conserv&#233;s par le conte. La for&#234;t qui est &#224; l'origine une donn&#233;e obligatoire du rite est par la suite transport&#233;e, elle aussi, dans l'autre monde. Ici, le conte appara&#238;t comme le dernier maillon de ce d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La c&#233;cit&#233; (89-90)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les contes russes, la Yaga (puissance f&#233;minine ambivalente, bienfaitrice comme effrayante) est souvent aveugle. Et bien s&#251;r on pense &#224; Tir&#233;sias chez les Grecs, Polyph&#232;me aveugl&#233; par Ulysse ou m&#234;me encore &#224; &#338;dipe qui, pour mieux voir la v&#233;rit&#233;, en vient &#224; se crever les yeux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on regarde l'&#233;tymologie de &#171; c&#233;cit&#233; &#187; dans beaucoup de langues (comme &lt;i&gt; &lt;i&gt;caecus&lt;/i&gt; &lt;/i&gt; en latin), le mot ne signifie pas seulement &#171; celui qui ne voit pas &#187; mais &#171; celui qu'on ne voit pas &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse du concept de c&#233;cit&#233; pourrait induire celui d'invisibilit&#233;. Et on retrouve les relations du monde des vivants dans le monde des morts : les morts ne voient pas les vivants, les vivants ne voient pas les morts. Le h&#233;ros ne devrait-il pas alors &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme aveugle ? Dans beaucoup de contes russes, comme d'ailleurs lors de nombreux rites d'initiation, l'initi&#233; perd la vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agissait bien s&#251;r d'un aveuglement symbolique, dit Propp, on lui bouchait les yeux (cela a &#233;t&#233; d&#233;crit par Frazer en Afrique ou encore par Hans Nevermann 1902-1982, ethnologue allemand) en Oc&#233;anie. &#201;tape ultime de la c&#233;r&#233;monie, l'initi&#233; recouvre la vue, symbole de l'acquisition d'une vision nouvelle, et acquiert un nom nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
(en parall&#232;le la circoncision, l'une des formes de l'ouverture magique)&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me l'interdiction de parole, &#233;galement attest&#233;e, &#233;tait alors lev&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a eu par la suite inversion : dans le rite, l'initi&#233; est aveugl&#233;, dans le mythe ou le conte il aveugle le monstre. Ou encore, dans le rite l'initi&#233; est br&#251;l&#233;, plus tard c'est lui qui br&#251;le (une sorci&#232;re, par exemple). &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, le rite &#233;tait une &#233;preuve horrible, redout&#233;e, en rapport &#233;troit avec les proc&#233;d&#233;s de la chasse primitive (l'initi&#233; acqu&#233;rait la &#171; puissance magique &#187; sur les animaux)... Avec le perfectionnement des armes, le passage &#224; l'agriculture et l'apparition d'un r&#233;gime social nouveau, la cruaut&#233; des rites s'est, d'une certaine fa&#231;on, retourn&#233;e contre leurs ex&#233;cutants. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
P.94 : La Yaga russe, figure souveraine appel&#233;e &#171; maitresse de la for&#234;t &#187; refl&#232;te les traces d'une organisation sociale extr&#234;mement archa&#239;que bas&#233;e sur un r&#233;gime matriarcal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle domine les animaux (l'&#234;tre humain est alors en d&#233;pendance totale &#224; l'&#233;gard du gibier de la for&#234;t) et repr&#233;sente un ph&#233;nom&#232;ne connu en ethnographie sous le terme de ma&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; vient ce terme de &#171; ma&#238;tre &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le culte rendu aux animaux a &#233;volu&#233; en culte rendu &#224; un repr&#233;sentant de chaque esp&#232;ce consid&#233;r&#233; comme sacr&#233; puis une anthropomorphisation du ma&#238;tre de l'esp&#232;ce donn&#233;e a eu lieu. On a ensuite cr&#233;&#233; les ma&#238;tres des &#233;l&#233;ments, etc. jusqu'au dieux individuels.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous savons aussi qu'&#224; un certain stade d'&#233;volution, la mort est pens&#233;e comme transformation en animal. Il est donc logique que le ma&#238;tre des animaux (Yaga) garde l'entr&#233;e du royaume des morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir le recueil de Franz Boas (1858-1942, anthropologue am&#233;ricain) sur les Am&#233;rindiens&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour rencontrer le chef-anc&#234;tre tot&#233;mique, il fallait forc&#233;ment partir au royaume de la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le d&#233;veloppement de l'agriculture, la gardienne commence &#224; perdre son lien avec le monde animal mais reste la gardienne de l'entr&#233;e et l'aide qui montre le chemin de l'autre monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
P.108 : &#171; Les initi&#233;s formaient une sorte d'organisation, habituellement appel&#233;e &#171; soci&#233;t&#233; masculine &#187; ou suivant la terminologie anglaise &#171; soci&#233;t&#233; secr&#232;te &#187;. Le terme de secret ne convient pas exactement car ce qui est secret, ce n'est pas l'existence de la soci&#233;t&#233;, mais, pour les non-initi&#233;s, son organisation et sa vie int&#233;rieures. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces soci&#233;t&#233;s jouent un r&#244;le tr&#232;s important, le pouvoir politique, souvent, leur appartient, il en existe plusieurs selon le niveau d'initiation exig&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour passer d'une soci&#233;t&#233; de degr&#233; inf&#233;rieur &#224; une soci&#233;t&#233; de degr&#233; sup&#233;rieur, on vivait une initiation aux secrets de la soci&#233;t&#233; en question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y avait parfois une admission qui se faisait avant la naissance. Comme chez les Douk-Douk (en Oc&#233;anie) o&#249; l'enfant pouvait &#234;tre vendu &#171; en avance &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les contes, le partant se dirige alors chez son parrain (le rite du bapt&#234;me et le rite de la circoncision ont une parent&#233; historique), en apprentissage dit-on alors ; le parrain a ainsi pris le relais du ma&#238;tre. Dans les contes russes, &#171; chez le parrain &#187; signifie une &#233;glise ou une grande maison et l'initi&#233; apprend peu &#224; peu qu'il est chez Dieu et que son parrain gouverne le monde (p.185)&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant le rite d'initiation, l'&#233;preuve du feu ou autres cruaut&#233;s pouvaient faire perdre la raison (favoris&#233;e par l'absorption de certaines boissons) : &#171; qui faisait oublier &#224; l'initi&#233; tout au monde. Il perdait la m&#233;moire au point d'oublier son nom, de ne pas reconna&#238;tre ses parents et de croire, peut-&#234;tre fermement, que, comme on le lui affirmait, il &#233;tait mort et ressuscit&#233; &#187; (112-113)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le n&#233;ophyte se trouvait plong&#233; dans un &#233;tat de d&#233;mence, comme les chamanes bouriates (Sib&#233;rie). Voir par exemple la folie d'Oreste qui se coupe un doigt (l'amputation pouvait faire partie du rite initiatique). La mort symbolique pouvait &#234;tre figur&#233;e par ce sang apparent, r&#233;el ou non. Les initi&#233;s &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme tu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mort prenait des formes de d&#233;placement dans l'espace, &#171; il est mort et il est parti dans le monde des esprits &#187; disait-on (voil&#224; une clef aux p&#233;r&#233;grinations du h&#233;ros, dans les contes).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mise &#224; mort cependant, pour acqu&#233;rir des capacit&#233;s magiques, devait &#234;tre suivie de re-naissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour figurer la mort temporaire li&#233;e &#224; l'initiation (avant la renaissance), on retrouve souvent le motif de la mise en morceaux (voir &#233;galement le d&#233;membrement d'Orph&#233;e ou la chambre secr&#232;te de &lt;i&gt;Barbe-Bleue&lt;/i&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; l'&#233;preuve du feu, elle est commune aux stades les plus archa&#239;ques du rite d'initiation (br&#251;lure, cuisson). EN Australie, on passait dans une sorte de four. En Haute-Guin&#233;e, les jeunes gens passaient sous une peau d'opossum (forme tardive du passage &#224; travers l'animal) et on leur jetait des pellet&#233;es de tison et de cendres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le feu est con&#231;u partout comme une force purifiante et rajeunissante, conception qui se prolongera jusqu'au purgatoire chr&#233;tien (p.127) et qui donne aussi des l&#233;gendes sur le forgeron (le Christ, le Diable) qui forge un homme jeune &#224; partir d'un vieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comme on l'a d&#233;j&#224; vu, le feu peut changer de statut et, au fur et &#224; mesure qu'intervient le processus de d&#233;sacralisation du r&#233;cit, c'est la version &#171; profane &#187; (p.130) qui prime : le &#171; sadisme &#187; est retourn&#233; contre le fauteur du feu, jet&#233; &#224; son tour dans le four. D&#233;m&#233;ter, Achille.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'origine, celui qui prend en charge l'initi&#233; est un vieillard, un sage. Le rite d'initiation constituait une &#233;cole, un enseignement. Les jeunes gens &#233;taient initi&#233;s &#224; toutes les conceptions mythiques, les rites, rituels et coutumes de la tribu. Mais il s'agissait &#171; moins d'acqu&#233;rir des connaissances (132) qu'un savoir-faire, moins de conna&#238;tre le monde tel qu'on se le figurait alors, que de poss&#233;der un pouvoir sur lui &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers la transmission de danses, de rites, on comptait avoir un moyen magique d'action sur la nature &#171; L'initi&#233; apprenait tr&#232;s longuement et tr&#232;s soigneusement toutes les danses et les chansons. La moindre faute pouvait &#234;tre fatale et mettre en cause toute la c&#233;r&#233;monie &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y avait des instruments de musique, etc. Bref on retrouve les rites rapport&#233;s &#224; la Gr&#232;ce antique et &#224; Samothrace avec ses Dactyles m&#233;tallurgistes magiciens et ses corybantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'initi&#233; recevait un don et/ou une aide magique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, certains initiateurs se travestissaient en femme, reflet d'antiques relations matriarcales. &#171; Ces relations sont entr&#233;es en conflit avec le pouvoir masculin &#233;labor&#233; par l'histoire &#187; (140)&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir l'hermaphrodisme de bien des dieux. Chez les Douk-Douk, l'Esprit supr&#234;me est appel&#233; Toubouan (femme et m&#232;re de tous les masques Douk-Douk). Le degr&#233; sup&#233;rieur de l'initiation comprend souvent l'art de se transformer en femme (voir aussi en Inde, avec de nombreux exemples de travestis). La transformation en femme a lieu dans la for&#234;t ; maudite parce que les hommes craignant de s'y transformer en femmes l'&#233;vitent &#224; tout prix. Elle est une allusion claire &#224; la for&#234;t interdite qu'on retrouve dans beaucoup de contes, l&#233;gendes, jusqu'&#224;&#8230; Harry Potter.&lt;br class='autobr' /&gt;
143&#8230; Observons maintenant le retour du n&#233;ophyte &#224; la maison. Soit il se marie, soit il reste dans l'isba, soit il rejoint la &#171; maison des hommes &#187; o&#249; il demeure quelques ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison des hommes est une institution particuli&#232;re propre au r&#233;gime tribal. On trouve sa trace chez Froebenius, Boas, Van Genep, Nevermann, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est entour&#233;e d'une grande enceinte (l'acc&#232;s est interdit aux femmes et aux non-initi&#233;s, sous peine de mort). Des cr&#226;nes pouvaient &#234;tre expos&#233;s sur la grille, les Douk-Douk &#233;l&#232;vent un mur... Il est interdit d'y p&#233;n&#233;trer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les contes, ces maisons s'apparentent &#224; des palais ou &#224; des temples. Les ouvertures sont masqu&#233;es. &#171; Seule une petite porte &#224; peine visible dans un poteau &#187; permet d'y entrer (147). Elles ont parfois un aspect magnifique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre particularit&#233; de cette maison (durant la p&#233;riode cons&#233;cutive &#224; l'initiation), la table y est mise. &#171; On mange l&#224; en communaut&#233; &#187; nous dit Propp, car &#171; on vit en fr&#232;res &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur nombre est de 2 &#224; 12, mais il peut y en avoir 25, jusqu'&#224; 30. Leur lien est tr&#232;s fort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur organisation est primitive (154). Un chef est &#233;lu. Par exemple, celui qui lance la fl&#232;che ou la boule le plus loin l'emporte. Il existe une certaine r&#233;partition des t&#226;ches. &#171; Dans le conte, les fr&#232;res font toujours la cuisine, chacun leur tour &#187; (155) pourtant il est historiquement av&#233;r&#233; que les arrivants, en g&#233;n&#233;ral, pr&#233;parent la nourriture pour toute la maison et la tiennent propre. En Am&#233;rique, les nouveaux venus doivent faire un travail d'esclave deux ann&#233;es durant. En Asie, ceux qu'on appelle les &#171; porteurs de bois &#187; tiennent leur rang inf&#233;rieur trois ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La pr&#233;sence des s&#339;urs ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines femmes pouvaient &#234;tre pr&#233;sentes dans la maison des hommes (employ&#233;es aux taches ou disponibles sexuellement &#8212; voir les maisons closes). Elles &#233;taient alors per&#231;ues comme des s&#339;urs, &#233;taient d'une certaine fa&#231;on respect&#233;es. Avant d'&#234;tre rel&#226;ch&#233;es, elles vivaient certainement aussi le rite d'initiation (garantie que le secret serait gard&#233;e) et donc, elles aussi, le passage par une mort temporaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles &#233;taient &#171; tu&#233;es &#187; par des objets introduits sous la peau, aiguilles, &#233;pingles, &#233;pines (coucou la &lt;i&gt;Belle au bois dormant&lt;/i&gt;), par des substances introduites dans le corps (p&#233;pin de pomme aval&#233; par Pers&#233;phone, pomme empoisonn&#233;e de Blanche-Neige&#8230;) ou par des v&#234;tements fun&#233;raires qu'elles rev&#234;taient et qui symbolisaient leur mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Motif de la tombe, ph&#233;nom&#232;ne plus tardif (p.165)&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre fa&#231;on d'acc&#233;der &#224; l'invisibilit&#233; est de ne pas se laver ; on a l&#224; le motif du souillon ou de la souillon (et donc &lt;i&gt;Cendrillon&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;peau d'&#226;ne&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'interdiction de se laver peut durer le temps du s&#233;jour dans la zone interdite et la permission peut aussi co&#239;ncider avec le moment de la moisson. Dans cette conception agricole, plus tardive, la &#171; divinit&#233; &#187; part sous terre pour favoriser la moisson. La r&#233;colte d&#233;pend alors du temps rest&#233; dans un &#233;tat d'invisibilit&#233;, de salet&#233; et de noirceur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les contes, le h&#233;ros doit parfois se barbouiller de suie pour accomplir sa t&#226;che. Ce h&#233;ros sale, sali (&lt;i&gt;Petit ramoneur&lt;/i&gt;), renvoie &#233;galement au h&#233;ros &#224; la forme animale (il en est comme une extrapolation). Dans les cas o&#249; l'initiation a depuis longtemps perdu son lien avec la pubert&#233;, barbouillage et salissure continuent &#224; se maintenir. Ainsi, dans les myst&#232;res grecs (174) l'initi&#233; se couvrait d'argile, de pl&#226;tre, ou encore de farine ou de son. On doit se rendre m&#233;connaissable, l'incognito est une condition indispensable au retour du h&#233;ros (il peut &#233;changer ses v&#234;tement avec un mendiant, comme Ulysse au retour d'Ithaque).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le chamane sib&#233;rien qui accompagne l'&#226;me du d&#233;funt au royaume des morts barbouille son visage de suie (nous dit Ernst Samter, 1868-1926, philologue et th&#233;ologien allemand)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce motif du Souillon est li&#233; &#224; celui de &#171; Je ne sais pas &#187;. Revenu du pays des morts, l'initi&#233; doit avoir tout oubli&#233; de son ancienne vie et feint l'ignorance.&lt;br class='autobr' /&gt;
[s'ensuit tout un chapitre sur les cheveux, les chauves, la force qui r&#233;side dans la chevelure, etc.] &lt;br class='autobr' /&gt;
L'initi&#233; a aussi l'interdiction de se vanter. &#192; son retour, il doit garder le plus grand silence sur ce qu'il a vu et entendu. Chez les Grimm, la jeune fille qui revient de la grande maison ne parle pas et ne rit pas pendant un temps d&#233;termin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfreindre l'interdit, c'est encourir la mort : &#171; Tu comprendras d&#233;sormais tout ce que disent les cr&#233;atures de l'univers ; mais ne le raconte &#224; personne car, si tu le faisais, tu p&#233;rirais &#187; (conte russe).&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'initi&#233; poss&#232;de un aide ou un auxiliaire magique et qu'il s'en vante, l'aide en question peut se retourner contre lui. &#171; Prends garde, ne raconte &#224; personne que tu es revenu &#224; cheval sur mon dos, sinon je t'&#233;craserai &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre motif li&#233; &#224; la &#171; grande maison &#187; est celui de la pi&#232;ce interdite. Quant l'initi&#233; p&#233;n&#232;tre la grande maison, on l'accueille en fr&#232;res. Dans La chemise magique, les habitants ont un aspect animal (&lt;i&gt;Boucle d'or&lt;/i&gt;) et le chargent d'une t&#226;che comme mettre la table. On lui donne la cl&#233; d'une pi&#232;ce interdite o&#249; il ne faut pas aller, etc. (Barbe-Bleue, encore).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence de telles pi&#232;ces est av&#233;r&#233;e d'un point de vue ethnographique. Aux iles Fidji, l'int&#233;rieur de la deuxi&#232;me enceinte contenait le &#171; Saint des saints &#187;. Des animaux en bois sculpt&#233; s'y trouvaient (voir les aides-animaux qu'on retrouve dans la plupart des contes). On y conservait aussi des repr&#233;sentations du soleil et de la lune (p.183).&lt;br class='autobr' /&gt;
Au sein du cycle de l'initiation, les anc&#234;tres ont une place et sont puissants du fait m&#234;me de leur s&#233;jour dans l'autre monde, source de toutes choses (initiation et conception de la mort se rejoignent) p.192&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette m&#234;me id&#233;e est li&#233; le motif de la T&#234;te de mort (pp.196-197) ; ce peut &#234;tre un mort non enterr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'Edda (po&#233;sie scandinave qui repr&#233;sente la conception du monde et a inspir&#233; la mythologie germanique), Odin, le Dieu principal, a pr&#233;serv&#233; une t&#234;te de la putr&#233;faction et lui a donn&#233; le pouvoir de parler. Depuis il lui demande souvent conseil. D'o&#249; la coutume de conserver un cr&#226;ne, d&#233;cor&#233; ou non, qui est dans &#171; l'obligation &#187; d'aider les vivants.&lt;br class='autobr' /&gt;
[Fr&#232;res p.202, animal reconnaissant qui devient fr&#232;re de l'humain]&lt;br class='autobr' /&gt;
On trouve dans de nombreux contes russes le personnage Front de cuivre ou &#171; Monstre de la for&#234;t &#187;. Le terme cuivre est davantage li&#233; &#224; sa couleur dor&#233;e qu'au m&#233;tal. Ce sylvain (comme il est appel&#233; dans la mythologie latine) renvoie au Sil&#232;ne antique : &#171; La prise du Sil&#232;ne a pour but d'agir sur lui : il s'agit en effet de le contraindre &#224; donner aux hommes la richesse, &#224; leur r&#233;v&#233;ler le sens de la vie humaine et les myst&#232;res de la cr&#233;ation du monde, &#224; leur chanter un chant merveilleux &#187; (Tolsto&#239;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'apparition de l'agriculture, le sil&#232;ne devient un monstre terrible, dangereux. (inversion), destructeur des champs et des semailles. &lt;br class='autobr' /&gt;
On l'a dit, son nom renvoie &#224; l'or. &#192; son contact, on peut se transformer en or (voir le mythe du roi Midas, avec une interpr&#233;tion tardive de l'or). &#192; l'origine, l'or n'a pas une valeur mat&#233;rielle, il renvoie au feu non au m&#233;tal. &lt;br class='autobr' /&gt;
Propp &#233;voque alors le dieu forgeron V&#246;lund chez les nordiques (Wieland chez les Saxons de Grande-Bretagne) que le roi enferme apr&#232;s lui avoir coup&#233; les tendons des mollets (voir H&#233;pha&#239;stos) pour qu'il lui donne son pouvoir sur le gibier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou encore Talos, le g&#233;ant de bronze cr&#233;tois qui serre les nouveaux venus contre sa poitrine (208) et se jette avec eux dans les flammes (on peut le comparer au Minotaure). &lt;br class='autobr' /&gt;
De nature sylvestre, Front de cuivre agit exactement comme la Yaga. On le rencontre par hasard et cette absence de motivation est l'indice d'une grande antiquit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[rites agricoles]&lt;br class='autobr' /&gt;
Propp insiste sur, selon la conception archa&#239;que, la bienfaisance du ma&#238;tre transmetteur et sur les aides magiques, parfois, des animaux psychopompes (c'est-&#224;-dire qui conduisent les &#226;mes des morts dans l'autre mort &#8212; tels des anges chr&#233;tiens).&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur nombre d'ic&#244;nes figurant Saint Georges (229), la robe du cheval est rouge. Pourquoi la figure du cheval est-elle li&#233;e au concept de feu (flammes s'&#233;chappant de ses naseaux, fum&#233;e de ses oreilles, etc.) ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cheval est celui qui emporte dans l'autre monde, les trois fois dixi&#232;me royaume. Il a un r&#244;le d'interm&#233;diaire. Or, dans diff&#233;rents mythes d'Am&#233;rique, d'Afrique, d'Oc&#233;anie et de Sib&#233;rie, le h&#233;ros ne monte pas au ciel gr&#226;ce aux animaux mais gr&#226;ce au feu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le feu est parfois per&#231;u comme m&#233;diateur entre les deux mondes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le v&#233;disme (civilisation apport&#233;e en Inde antique par un peuple descendu des plateaux de l'Iran), on trouve ainsi le cheval feu sous la forme du dieu Agni (seigneur du feu sacrificiel et du foyer).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le d'interm&#233;diaire peut &#234;tre aussi tenu par le chamane (qui agit lui aussi &#224; l'aide du cheval), par exemple chez les Yakoutes : &#171; Le chamane entre. On l'aide &#224; endosser son costume. On lui donne une poign&#233;e de crins blancs dont il jette une partie dans le feu, ceci en sacrifice propitiatoire aux esprits qui aiment beaucoup la fum&#233;e du crin br&#251;l&#233; &#187; d&#233;crit l'&#233;thnologue russe Andre&#239; Popov (232)&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir aussi le cheval solaire comme chez les Grecs le char du dieu-soleil H&#233;lios (234)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, l'aide acquise dans le royaume de la mort (l'initi&#233; est cens&#233; &#234;tre mort) a aussi un rapport avec le monde des anc&#234;tres. La capacit&#233; de transformation (l'initi&#233; se transforme en son aide) &#233;tait transmise par les anc&#234;tres, les a&#238;n&#233;s du rite s'accompagnait de danses et chants. Plus tard, elle sera remplac&#233;e par la formule magique (242).&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit comment le rite d'initiation, sorti des traditions li&#233;es &#224; la chasse, devient de plus en plus li&#233; aux conceptions de la mort et de l'au-del&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les objets servant &#224; susciter les esprits, Propp cite une tribu d'Afrique qui &#171; conna&#238;t des anneaux ayant la propri&#233;t&#233; de mettre celui qui les porte en relation avec eux &#187; &#8211; Frobenius (255)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces diff&#233;rents voyages, sur terre et dans l'air, voici maintenant le passage par l'eau. On trouve aussi toujours dans les contes mention d'eau de vie et d'eau de mort, d'eau de force ou d'eau de faiblesse (258), une seule et m&#234;me entit&#233;. Celui qui a pris le chemin de la mort et d&#233;sire revenir &#224; la vie utilise les deux eaux, l'une apr&#232;s l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le passage dans l'autre monde, autrement dit la travers&#233;e (p.264) est en quelque sorte l'axe du conte, grossi, dramatis&#233;. Il peut se faire &#224; dos d'animal (le plus ancien animal qu'on ait mont&#233; en Europe est le Renne ;-) ou envelopp&#233; dans une peau de b&#234;te (en Gr&#232;ce, ce sont les Dieux et non les morts qu'on enveloppe d'une peau de b&#234;te - voir H&#233;racl&#232;s, Dionysos et sa peau de taureau) sous la forme d'un vol ou d'un voyage en barque (Gr&#232;ce, Egypte).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense aussi au Hollandais volant ou au chasseur Gracchus (chasseur accident&#233; qui tombe dans la For&#234;t Noire, condamn&#233; &#224; errer &#233;ternellement, dont Kafka a tir&#233; un r&#233;cit dans lequel il fait d'ailleurs r&#233;f&#233;rence aux Bochman, l'une des grandes ethnies d'Afrique).&lt;br class='autobr' /&gt;
Propp consacre ensuite de nombreuses pages &#224; la figure du dragon qui r&#233;unit &#224; lui seul les motifs de l'eau, du feu et de la temp&#234;te (+ forgeron p.289). Avec &#233;galement le dragon avaleur qui d&#233;vore et r&#233;gurgite l'initi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est renvoy&#233; ici &#224; la base ant&#233;historique du rite : pour communier avec l'animal tot&#233;mique, s'identifier &#224; lui et, par l&#224;, entrer dans le clan tot&#233;mique, il faut &#234;tre mang&#233; par cet animal. La nourriture, tout comme la c&#233;cit&#233;, peut &#234;tre passive ou active (voir le motif de Cronos d&#233;vorant et recrachant ses enfants, 302). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le dragon peut donc &#234;tre une figure bienfaitrice et en g&#233;n&#233;ral une figure duelle. Dans un conte grec moderne, il avale le h&#233;ros pour lui apprendre la langue des oiseaux (langue des initi&#233;s) puis le recrache. Dans le Kalevala (&#233;pop&#233;e compos&#233;e au XIXe &#224; partir des mythologies finnoises), le h&#233;ros pour apprendre trois mots magiques se fait d&#233;vorer par un monstre &#233;norme. Dans le ventre de celui-ci, il fait un feu et se met &#224; forger. Le monstre alors le recrache, lui r&#233;v&#232;le les trois mots magiques puis lui raconte l'histoire de l'univers et lui conf&#232;re l'omniscience. &lt;br class='autobr' /&gt;
[Salomon p.304-305]&lt;br class='autobr' /&gt;
La for&#234;t des d&#233;buts a &#233;t&#233; remplac&#233;e par la mer. Puis, selon l'inversion, le monstre n'apprend plus de pouvoir magique mais devient dangereux, commence alors le combat (contre le monstre marin, contre le dragon). Voir Propp contre Frobenius qui n'aurait rien compris dans &lt;i&gt;L'&#194;ge du Dieu-Soleil&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le rite, le h&#233;ros &#233;tait celui qui &#233;tait aval&#233; et recrach&#233;, dans le mythe il appara&#238;t comme celui qui tue l'avaleur (313).&lt;br class='autobr' /&gt;
P.317-318 L'&#233;volution est fonction des stades de culture des peuples, visibles par des d&#233;tails. Le dragon est vaincu d'abord avec des fl&#232;ches, puis avec des lances enfin avec une &#233;p&#233;e. Il est clair qu'il ne peut &#234;tre vaincu avec une &#233;p&#233;e que chez un peuple connaissant la m&#233;tallurgie et le m&#233;tier des forgerons, comme chez les Kabyles, nous dit Propp. Les Kabyles sont un peuple s&#233;dentaire, agriculteur, qui cultive l'olivier et les arbres fruitiers, et qui conna&#238;t depuis lgtps la poterie et la forge. C'est aussi un peuple courageux et guerrier. C'est justement &#224; ce stade qu'apparaissent l'&#233;p&#233;e et le cheval. Le r&#233;gime f&#233;odal rev&#234;t le h&#233;ros combattant le dragon d'une armure de chevalier. La modification des formes de lutte chez les Kabyles entra&#238;ne une modification de la nature, devenue agricole, du dragon (on conduit tous les ans un dragon une jeune fille pour victime). &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir bien s&#251;r aussi le mythe de &lt;i&gt;Jason et la Toison d'or&lt;/i&gt; qui, dans une version, se jette dans la gueule du dragon pour le tuer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le dragon aquatique (vivant dans des eaux &#224; la surface de la terre), apparaissant au d&#233;but des contes (et gardien de l'au-del&#224; comme Cerb&#232;re qui garde l'embouchure de l'Ach&#233;ron), devient ensuite un dragon solaire, c&#233;leste (&#224; la fin des contes) qu'il faut tuer pour rena&#238;tre. (348/349)&lt;br class='autobr' /&gt;
[Je passe sur la Psychostasie (pes&#233;e des &#226;mes 361) et arrive &#224;] &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;L'aboutissement de la travers&#233;e dans les airs qui est le royaume du soleil (362)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On l'aura compris, le cycle de l'initiation qui englobe les conceptions de l'au-del&#224; est une 2e naissance (363)&lt;br class='autobr' /&gt;
Propp &#233;voque alors le serpent qui peut figurer le p&#232;re, conception tr&#232;s r&#233;pandue en Afrique (le dragon devient alors symbole phallique). &lt;br class='autobr' /&gt;
P.364 : &#171; Chez les peuples qui parlent la langue ouvo (?), on pense que si un serpent s'approche d'une femme, cela signifie qu'elle est enceinte. Les femmes st&#233;riles implorent les serpents [&#8230;] Si une femme enceinte r&#234;ve &#224; un serpent ou &#224; un esprit aquatique, elle pense que son enfant incarnera cet esprit [&#8230;] Ici transpara&#238;t d&#233;j&#224; clairement l'id&#233;e que celui qui est n&#233; d'un serpent a la force et la nature d'un serpent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la Gr&#232;ce antique, C&#233;crops &#233;tait n&#233; de ces anc&#234;tres-serpents. On le figurait mi-homme mi-serpent ou dragon. Cadmos, le fondateur de Th&#232;bes, et Harmonie, son &#233;pouse, furent transform&#233;s en serpents-dragons au terme de leur vie. D'apr&#232;s certaines sources (Frazer), Harmonie &#233;tait la fille du dragon tu&#233; par C&#233;crops. &lt;br class='autobr' /&gt;
MAIS&lt;br class='autobr' /&gt;
SI celui qui est n&#233; du dragon est le dragon, et si celui qui est n&#233; du dragon tue le dragon, n'est-ce pas parce que, historiquement, il est le dragon, ou n&#233; du dragon, c'est-&#224;-dire sorti du dragon ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux dragons (p.368), le vainqueur et le vaincu, se fondent ici en une seule cr&#233;ature. Le dragon est un ennemi tel qu'il ne peut y en avoir un autre (c'est pourquoi le dragon conna&#238;t souvent son adversaire puisqu'il est n&#233; de lui).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Dragon, on le voit, en tant que ph&#233;nom&#232;ne historique, est extr&#234;mement complexe. Toutes les tentatives pour le ramener &#224; une explication unique sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il y a tant de mat&#233;riaux qui dorment encore dans les recueils de ces peuples que l'on appelle sauvages ou non civilis&#233;s ! d&#233;plore Propp. L'&#233;tude des cultures du bassin m&#233;diterran&#233;en existe depuis des g&#233;n&#233;rations. Mais l'&#233;tude des cultures plus primitives n'a encore &#233;t&#233; commenc&#233;e par personne. Or c'est l&#224; qu'il faut chercher la clef de l'&#233;nigme, et c'est un travail qui demandera bien des ann&#233;es de recherche &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le folklore, insiste-t-il, ne doit pas &#234;tre &#233;tudi&#233; comme quelque chose de s&#233;par&#233; de l'&#233;conomie et du r&#233;gime social mais, au contraire, comme en d&#233;rivant. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dragon n'est ni le soleil ni une cr&#233;ature v&#233;g&#233;tative mais un ph&#233;nom&#232;ne historique dont les fonctions et les formes ont &#233;volu&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le conte refl&#232;te toutes les &#233;tapes de cette &#233;volution (archa&#239;que/entendement de la langue des oiseaux, interm&#233;diaire/d&#233;placement vers des pays lointains dans l'estomac, tardive/combat avec l'aide d'un cheval ou d'une &#233;p&#233;e). C'est-&#224;-dire tout le processus de transformation du dragon bienfaisant en son contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
375 : Le royaume o&#249; nul n'est jamais all&#233; a toujours lien avec le soleil, la lumi&#232;re, l'or (synonyme de feu).&lt;br class='autobr' /&gt;
385 : C'est le pays de l'abondance (abondance de gibier, de Nature pour l'initi&#233; archa&#239;que). Celui o&#249; l'on n'a jamais faim (gibier, etc.). D'o&#249; la nappe-toujours-servie-du-conte ou le repas-communion chez les Arabes, le sang bu en guise d'union chez les aborig&#232;nes d'Australie (399)&lt;br class='autobr' /&gt;
En guise de solidarit&#233; il est dit dans un mythe lapon (398) &#171; M&#234;lons notre sang, unissons nos c&#339;urs pour la joie et pour la peine ! &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, ce &#171; paradis &#187; devient celui de l'abondance &#233;ternelle o&#249; il n'est pas besoin de travailler pour produire. L'horticulture &#233;tant la forme plus ancienne de l'&#233;conomie agricole, on a l&#224; le mythe du jardin d'eden o&#249; tout n'est qu'oisivet&#233; et plaisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela t&#233;moigne d'une modification dans la fa&#231;on d'envisager le travail : avec l'apparition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e concomitante de celle de l'agriculture, le travail est devenu forc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Plus tard, le clerg&#233; s'empare de cette conception de l'autre monde comme du monde des souhaits et d&#233;sirs r&#233;alis&#233;s, et il s'en sert pour endormir le peuple par la perspective de la r&#233;compense qui suivra une vie de labeur &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir le motif de la bo&#238;te ou la cassette, comme celle de Pandore qui sous couvert de r&#233;pandre les bienfaits entra&#238;ne le malheur sur terre (387).&lt;br class='autobr' /&gt;
Heureusement, le faucon vert ou, chez les Egyptiens, l'&#233;toile du berger, guide le voyageur dans sa travers&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
P.392 Les Grecs sont vraisemblablement les premiers &#224; avoir introduit dans l'autre monde la musique (fl&#251;tes, cordes, chants). Les Hesp&#233;rides qui gardent le jardin du soleil sont appel&#233;es &#171; les chanteuses aux voix claires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le palais d'H&#233;lios, lui, est mont&#233; sur des colonnes (exactement comme dans les contes russes) qui soutiennent la vo&#251;te c&#233;leste.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'or est pr&#233;sent dans de nombreux rites fun&#233;raires, en Gr&#232;ce mais aussi chez les tao&#239;stes (celui qui avale de l'or ou une perle prolonge sa vie). En Chine, on met de l'or dans la bouche du d&#233;funt. Les empereurs romains poudraient leur visage d'une poudre d'or. Ainsi, l'explication des masques d'or des d&#233;funts de Myc&#232;nes. Dans l'Apocalypse de Saint Paul, le s&#233;jour des bienheureux est d&#233;crit comme une ville d'or.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; pour expliquer l'origine du motif de la qu&#234;te des objets en or (objets de l'autre monde qui ont perdu la fonction magique consistant &#224; procurer long&#233;vit&#233; et immortalit&#233;). &lt;br class='autobr' /&gt;
La Katabasis (descente dans les Enfers) des &#233;pop&#233;es grecques est la condition de l'h&#233;ro&#239;sation. 413&lt;br class='autobr' /&gt;
Propp consacre alors 60 pages au motif de la fianc&#233;e (400-463) o&#249; se retrouve l'id&#233;e d'initiation appliqu&#233;e aux us et coutumes du mariage (le fianc&#233; se faisait initier par le clan de sa future femme) ainsi qu'&#224; la succession du tr&#244;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
On y retrouve la plupart des &#233;l&#233;ments d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;s : ambivalence des figures (fianc&#233;e douce mais aussi hostile car son mariage signifie la destitution de son p&#232;re, m&#233;lange des sangs, marques sur le corps, tonsure, travers&#233;e vers l'au-del&#224;, dragon, etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
[Ainsi, nous voyons gr&#226;ce &#224; Propp que le conte r&#233;side dans la r&#233;alit&#233; historique du pass&#233;. Le rite d'initiation a d&#233;p&#233;ri le premier alors que les conceptions sur la mort se poursuivent. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit aussi que l'essentiel des &#233;l&#233;ments du conte remonte &#224; des faits et conceptions datant d'une soci&#233;t&#233; sans classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au stade le plus ancien du r&#233;cit, il correspond sans doute &#224; ce qu'on racontait aux jeunes gens pendant l'initiation, c'est-&#224;-dire aux &#233;v&#233;nements qui allaient leur advenir mais racont&#233; comme accomplis par un anc&#234;tre, un fondateur de tribu et de coutumes, lequel, apr&#232;s une naissance miraculeuse et un s&#233;jour dans le royaume des ours, des loups, etc. rapportait de l&#224;-bas le feu, les danses magiques et autres. Ces &#233;v&#233;nements &#233;taient moins racont&#233;s que jou&#233;s et &#233;taient &#233;galement repr&#233;sent&#233;s dans les arts figuratifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
De cette fa&#231;on, le sens des &#233;preuves qu'on lui faisait subir &#233;tait r&#233;v&#233;l&#233; &#224; l'initi&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce r&#233;cit, tenu secret, faisait partie du culte. Le rapport entre l'acte de raconter et le rite proprement dit &#233;tait direct.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les recueils de r&#233;cits des peuples dits primitifs sont malheureusement essentiellement des textes et donnent peu d'&#233;l&#233;ments sur leur environnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Exceptions : George Dorsey (1868-1931), traditions of the Skidi-Pawnee, ethnographe am&#233;ricain, d&#233;crit bien le r&#244;le des amulettes chez les Indiens (traces des dons magiques). Celui qui en d&#233;tient une conna&#238;t le r&#233;cit de son acquisition, qu'il peut transmettre. Le r&#233;cit fait ainsi partie du rituel, une sorte d'amulette verbale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui nous &#233;claire aussi sur l'interdiction de raconter, non pas en vertu d'une quelconque &#233;tiquette mais en raison de fonction magiques, inh&#233;rentes au r&#233;cit et &#224; l'acte m&#234;me de raconter.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me, les r&#233;cits des rites ne sont compr&#233;hensibles qu'apr&#232;s connaissance de l'organisation sociale de telle ou telle tribu (voir le recueil de Boas 474).&lt;br class='autobr' /&gt;
Partie int&#233;grante de la vie sociale, ils constituent &#233;galement, aux yeux des primitifs, une condition n&#233;cessaire &#224; la vie, au m&#234;me titre que les armes ou les amulettes, et sont prot&#233;g&#233;s, conserv&#233;s comme des choses sacr&#233;es. Les sages, souvent muets comme des Sphynxs, en gardent jalousement le secret. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mythes font partie de la vie en g&#233;n&#233;ral mais &#233;galement de l'individu &#8212; priver celui-ci de son r&#233;cit &#233;quivaut &#224; le priver de la vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
1Le mythe remplit ici des fonctions &#233;conomiques et sociales, ce n'est pas un cas isol&#233;, c'est une LOI).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conte appara&#238;t quand le r&#233;gime qui l'a engendr&#233; dispara&#238;t. L'utilisation du mythe devient purement esth&#233;tique (voir l'intro : Le mythe qui a perdu sa signification sociale devient un conte). Il y a une correspondance directe entre infrastructure et superstructure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; (Dorsey) se fait sentir dans le d&#233;tachement du sujet, et de l'acte m&#234;me de raconter, d'avec le rituel.&lt;br class='autobr' /&gt;
477 : Ce moment de d&#233;tachement co&#239;ncide avec le d&#233;but de l'histoire du conte, alors que la p&#233;riode de syncr&#233;tisme entre mythe et rite en constitue la pr&#233;histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lib&#233;r&#233; de l'&#233;tau du conditionnement religieux, le conte prend alors son essor dans l'air libre de la cr&#233;ation artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propp &#233;met alors l'hypoth&#232;se pour d'autres contes, non pas ceux dits &#171; merveilleux &#187; mais ceux sur les animaux, par exemple) d'une tradition purement esth&#233;tique d&#232;s le d&#233;part. Mais non.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc visible que, tr&#232;s t&#244;t d&#233;j&#224;, commence la profanation du sujet sacr&#233; si par &#171; profanation &#187; on entend la transformation du r&#233;cit sacr&#233; en r&#233;cit profane, c'est-&#224;-dire non spirituel, non &#233;sot&#233;rique, mais artistique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Arg&#244; I</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Cillaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un souvenir qui ne te concerne plus &lt;br class='autobr' /&gt;
Medea, tourn&#233; en 1969 par Pier Paolo Pasolini, est un film presque mutique &#8212; ses dialogues tiennent en une quinzaine de feuilles. On y trouve l'une des obsessions du po&#232;te, &#224; savoir la disparition du sacr&#233; dans un monde gangr&#233;n&#233; par l'id&#233;e de progr&#232;s (veau d'or de l'Italie en plein boom &#233;conomique dont &#201;crits corsaires, quelques ann&#233;es plus tard, dressera un portrait virulent). Le progr&#232;s versant illusoire, disons, celui de la vie appauvrie, l'effort (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cosidor.net/ecriture/" rel="directory"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Un souvenir qui ne te concerne plus&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Medea&lt;/i&gt;, tourn&#233; en 1969 par Pier Paolo Pasolini, est un film presque mutique &#8212; ses dialogues tiennent en une quinzaine de feuilles. On y trouve l'une des obsessions du po&#232;te, &#224; savoir la disparition du sacr&#233; dans un monde gangr&#233;n&#233; par l'id&#233;e de progr&#232;s (veau d'or de l'Italie en plein boom &#233;conomique dont &lt;i&gt;&#201;crits corsaires&lt;/i&gt;, quelques ann&#233;es plus tard, dressera un portrait virulent). Le progr&#232;s versant illusoire, disons, celui de la vie appauvrie, l'effort m&#234;me de vivre r&#233;cup&#233;r&#233; par la consommation. Cette obsession travaille le mythe des Argonautes. Comment ? Ben la beaut&#233; de &lt;i&gt;Medea&lt;/i&gt;, tu vois, tient autant au mutisme qu'&#224; la parole, cette parole donn&#233;e &#224; M&#233;d&#233;e que Jason oubliera, reniera, tout comme il oublie, &#224; mesure que le film avance, les paroles du Centaure, tout comme il oublie Arg&#244;. On prodigue une parole comme on prodigue des soins &#8211; c'est de &#231;a dont je veux te parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un enfant est juch&#233; sur la croupe d'un centaure, il est nu, mollets fesses joues rebondis, voil&#224; l'une des images les plus fortes qu'il me reste, pour les formes de ch&#233;rubin, pour le visage &#233;maci&#233; de Laurent Terzieff, la maigreur de son torse, muscles noueux, et pour la croupe du Centaure, tout cela m'&#233;meut : la vie &#224; ses extr&#233;mit&#233;s. Le Centaure parle, l'enfant &#233;coute. &lt;i&gt;Tout est saint, tout est saint, tout est saint. Il n'y a rien de naturel dans la nature, mon gar&#231;on ; ne perds jamais &#231;a de vue. Quand la nature te semblera naturelle, ce sera la fin de tout &#8211; et le d&#233;but d'autre chose.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu n'es pas cin&#233;phile je sais, plut&#244;t s&#233;ries, mais regarde au moins les premi&#232;res minutes, s'il te pla&#238;t, rien de ce que je dis n'aura de sens sinon. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Adieu le ciel, adieu la mer ! Quel beau ciel ! Tout pr&#232;s, heureux !&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Centaure parle, l'enfant du d&#233;but n'est plus, &#224; pr&#233;sent Chiron s'adresse &#224; un adolescent : &lt;i&gt;Dis-moi, y a-t-il seulement un tout petit bout de ce qui nous entoure qui ne soit pas innaturel ?&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(la traduction du sc&#233;nario &#233;dit&#233; est atroce, le sous-titre du film bien mieux, &#233;coute : &#171; Te semble-t-il qu'un morceau seulement soit naturel ? &#187;) &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Qui ne soit pas poss&#233;d&#233; par un dieu ? La mer est comme cela, en ce jour o&#249; tu as treize ans, et o&#249; tu p&#234;ches, les pieds dans l'eau ti&#232;de. Regarde derri&#232;re toi ! Qu'est-ce que tu vois ? C'est quelque chose de naturel, peut-&#234;tre ? Non, ce que tu vois derri&#232;re toi, c'est une apparition, ces nuages qui se mirent dans l'eau immobile, et lourde de ce milieu d'apr&#232;s-midi !... Regarde l&#224;-bas&#8230; cette tra&#238;n&#233;e noire sur la mer brillante et rose comme l'huile. Et les ombres de ces arbres&#8230; ces roseaux&#8230; &#192; chaque endroit o&#249; se posent tes regards, se cache un Dieu ! Et si, par hasard, il n'est pas l&#224;, il a laiss&#233; derri&#232;re lui les signes de sa pr&#233;sence sacr&#233;e, que ce soit le silence, ou l'odeur de l'herbe, ou la fra&#238;cheur des eaux douces&#8230; Oui, tout est saint, mais la saintet&#233; est aussi une mal&#233;diction. Les dieux qui aiment &#8212; en m&#234;me temps &#8212; ha&#239;ssent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jason est d&#233;sormais adulte. J'ai failli dire &lt;i&gt;il est devenu &lt;i&gt;con&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; car c'est un peu &#231;a, pour preuve le centaure a disparu, Jason n'est plus qu'un homme ordinaire, et donc Chiron aussi, un vieillard bavard, sa part fabuleuse en all&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi je commence par &#231;a ? Attends, tu vas comprendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant et apr&#232;s &lt;i&gt;Medea&lt;/i&gt;, Pasolini cherchera d'autres paysages, r&#233;els, en Afrique notamment, et imaginaires : il &#233;crira une demi-douzaine de trag&#233;dies et tournera la &#171; trilogie de la vie &#187; inspir&#233;e du &lt;i&gt;D&#233;cam&#233;ron&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;Contes de Canterbury&lt;/i&gt; et des&lt;i&gt; Mille et une nuits&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc Jason, adulte, ne voit plus la croupe du Centaure, il ne croit plus aux fables, il a &lt;i&gt;oubli&#233;&lt;/i&gt;. Les hommes se sacrifient entre eux lors de rites qu'ils ne comprennent pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_99 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/local/cache-vignettes/L500xH351/b893c2da47546fb52be318381dfe0e2c-e4e0b.jpg?1731570482' width='500' height='351' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Histrionisme/hyst&#233;rie (2024)</title>
		<link>https://www.cosidor.net/ecriture/article/histrionisme-hysterie-2024</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Cillaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'histrionisme &#8211; pour ne pas dire hyst&#233;rie ? &#8211; a rarement bonne presse. Peut-on les dissocier, contourner l'Histoire ? Depuis l'Antiquit&#233; o&#249; l'hyst&#233;rie est per&#231;ue comme une maladie caus&#233;e par des dysfonctionnements de l'ut&#233;rus &#8211; mal d'enfants, manque ou exc&#232;s de semences masculines &#8211; en passant par les sympt&#244;mes spectaculaires des patientes de Charcot, la th&#233;orie psychanalytique freudienne, la red&#233;finition du DSM IV, jusqu'&#224; son acception postmoderne qui peut, l&#233;gitimement, consid&#233;rer notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cosidor.net/ecriture/" rel="directory"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'histrionisme &#8211; pour ne pas dire hyst&#233;rie ? &#8211; a rarement bonne presse. Peut-on les dissocier, contourner l'Histoire ? Depuis l'Antiquit&#233; o&#249; l'hyst&#233;rie est per&#231;ue comme une maladie caus&#233;e par des dysfonctionnements de l'ut&#233;rus &#8211; mal d'enfants, manque ou exc&#232;s de semences masculines &#8211; en passant par les sympt&#244;mes spectaculaires des patientes de Charcot, la th&#233;orie psychanalytique freudienne, la red&#233;finition du DSM IV, jusqu'&#224; son acception postmoderne qui peut, l&#233;gitimement, consid&#233;rer notre soci&#233;t&#233; en besoin constant de repr&#233;sentation, s&#233;duction, simulation, comme une soci&#233;t&#233; puissamment hyst&#233;rique, on s'aper&#231;oit combien ce terme est probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Histrionisme &#187; d&#233;rive du mot latin histrion. Chez les Romains, l'histrion est un acteur qui joue dans les bouffonneries grossi&#232;res import&#233;es d'&#201;trurie (Littr&#233;). Ce mot, d'une connotation p&#233;jorative, d&#233;signe un com&#233;dien cabotin, excessivement th&#233;&#226;tral, &#171; qui a un go&#251;t pouss&#233; jusqu'&#224; la manie de jouer la com&#233;die &#187;. En psychologie, l'histrionisme serait une particularit&#233; caract&#233;rielle de certaines personnalit&#233;s montrant des conduites th&#233;&#226;trales. (&lt;a href=&#034;http://www.cntrl.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cntrl.fr&lt;/a&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de cheminer vers la psychopathologie, il est tentant de passer par le th&#233;&#226;tre. En abordant la question de la catharsis, c'est-&#224;-dire la purification des passions. L'expression exacerb&#233;e des passions humaines, le propre du th&#233;&#226;tre antique, est une fa&#231;on de les convertir sur un plan rh&#233;torique, esth&#233;tique et/ou politique. On le voit chez les Grecs, les Latins, les r&#233;cits mythologiques, en inspirant crainte et piti&#233;, avaient pour fonction de repr&#233;senter, sans passage &#224; l'acte, les pulsions de destruction, de transgression, les tabous insondables (parricide, infanticide, inceste, etc.). Quiconque en &#233;tait spectateur, par la &#171; d&#233;charge &#233;motionnelle &#187; v&#233;cue durant la repr&#233;sentation, suivie d'une prise de conscience, b&#233;n&#233;ficiait en quelque sorte d'une cure th&#233;rapeutique, d'une purification nomm&#233;e &lt;i&gt;catharsis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_86 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/local/cache-vignettes/L283xH178/image3-f1c83.jpg?1730894881' width='283' height='178' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#338;dipe roi&lt;/i&gt; &#8211; Pier Paolo Pasolini&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, le com&#233;dien pouvait se mettre dans des &#233;tats de conscience modifi&#233;e, par la transe, la danse, par des rituels codifi&#233;s incluant paroles et mouvement. L'exag&#233;ration th&#233;&#226;trale, en cr&#233;ant l'effroi, le chagrin, avait une fonction r&#233;gulatrice dans la soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on regarde l'&#233;tymologie du mot &#171; histrion &#187;, en revanche, on d&#233;couvre qu'il a de suite &#233;t&#233; stigmatisant. Les histrions venaient d'&#201;trurie (civilisation des &#201;trusques, aujourd'hui vers la Toscane), et les lois romaines ne les consid&#233;raient pas comme des citoyens. On les soup&#231;onnait d'&#234;tre des esclaves. Bien qu'ils aient introduit les &#171; jeux sc&#233;niques &#187; &#224; l'origine du th&#233;&#226;tre latin (diff&#233;rent du th&#233;&#226;tre grec), ils sont devenus synonymes de &#171; bouffon &#187;, &#171; farceur &#187; ou mauvais com&#233;dien, sachant que les com&#233;diens, dans la Rome antique, &#233;taient d&#233;j&#224; des citoyens de seconde zone. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histrion associe donc, d&#232;s son origine, une fonction cathartique et une stigmatisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on revient &#224; une vision plus moderne du com&#233;dien, il est dr&#244;le d'observer comment les choses ont &#233;volu&#233; : les histrions d'aujourd'hui, tels les acteurs et actrices de cin&#233;ma quand ils ou elles sont tr&#232;s m&#233;diatis&#233;.e.s, restent objets de haine, de fascination. Bien qu'ils ou elles s'inscrivent en dehors de la soci&#233;t&#233; ordinaire, ces &#171; stars &#187; servent de repoussoir ou de mod&#232;le pour des g&#233;n&#233;rations, point&#233;es pour leurs exc&#232;s, leur comportement hors normes, leur chute, bref, dans le grand cirque m&#233;diatique, les ficelles de la trag&#233;die fonctionnent encore (le proc&#232;s Johnny Deep/Amber Head, laquelle sera expertis&#233;e &#171; hyst&#233;rique &#187; par certains psychiatres, est un cas d'&#233;cole.)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple du m&#233;tier de com&#233;dien ou de com&#233;dienne, dans sa dimension plus ordinaire, peut &#233;galement &#234;tre pertinent pour &#233;clairer le trait ou le trouble hyst&#233;rique, cette fois en psychopathologie. Caract&#233;ris&#233;.e par la ma&#238;trise d'une technique th&#233;&#226;trale, le ou la com&#233;dien.ne incarnerait ce besoin insatiable d'&#234;tre sous les projecteurs. S'il ou elle en a fait sa profession, c'est m&#234;me, litt&#233;ralement, que ce besoin lui permet de vivre = payer son loyer, ses formations, assurer une continuit&#233; &#171; d'intermittent &#187; quand bien m&#234;me pr&#233;caire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; sc&#233;nario de l'hyst&#233;rique &#187; pourrait se confondre, &#224; gros traits, avec la m&#233;taphore du com&#233;dien.ne professionnel.le (ce parall&#232;le est emprunt&#233; &#224; Uschi Waldherr, grande amie gestaltiste &#233;galement sexoth&#233;rapeute) : appelons ce com&#233;dien Marlon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant la dur&#233;e de la repr&#233;sentation, Marlon emploie toutes les ressources dont il dispose, sa voix, son intelligence, son corps, sa technique, pour attirer l'attention. Au centre de la sc&#232;ne, tout le monde le regarde mais lui ne voit pas grand-chose, aveugl&#233; par les projos. Regard&#233; par tou.te.s &#8211; pour autant il ne regarde personne. En revanche, il per&#231;oit tout : un fr&#233;missement d'ennui dans la salle, des toux possiblement synonymes de g&#234;ne, des silences (concentr&#233;s ou fascin&#233;s ?), l'&#233;motion gagnant les gradins &#224; mesure qu'il d&#233;roule le soliloque de &lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt;. Chacune de ces perceptions lui permet d'ajuster son comportement pour retenir davantage l'attention, la regagner si besoin, jusqu'aux bravos qui, id&#233;alement, couronneront son interpr&#233;tation : &#231;a y est, on l'applaudit &#224; tout rompre, cinq saluts, il a gagn&#233; l'amour d'une salle enti&#232;re !&lt;br class='autobr' /&gt;
Une amie com&#233;dienne m'a dit r&#233;cemment : &#171; Je fais quand m&#234;me le seul m&#233;tier o&#249; on est applaudi &#224; chaque fois qu'on travaille. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, revenons &#224; Marlon. Durant toute la repr&#233;sentation, les projecteurs l'ont aveugl&#233; et, si le public l'a applaudi, longtemps, il n'a crois&#233; aucun regard hormis celui de ses partenaires. Ce soir-l&#224;, la repr&#233;sentation est un succ&#232;s. Marlon regagne sa loge, &#233;puis&#233;, l'adr&#233;naline retombe, il est en train de se d&#233;maquiller quand quelqu'un frappe : c'est une fan, bouquet de fleurs &#224; la main, tomb&#233;e sous le charme, et qui veut t&#233;moigner &#224; Marlon son admiration. L'acteur remercie, g&#234;n&#233;, il ne sait pas quoi &#171; rendre &#187; &#224; celle qui lui manifeste ainsi, soudainement, beaucoup d'amour. Certes il a tout fait pour &#234;tre aim&#233;, applaudi, admir&#233; mais, dans la relation &#224; deux, de personne &#224; personne, il ne voit pas comment &#171; aimer &#187; &#224; son tour. Un contact authentique ne peut s'&#233;tablir. Marlon ne sait ni comment satisfaire sa fan &#224; la mesure de son attente ni se nourrir de fa&#231;on satisfaisante de cette manifestation singuli&#232;re d'amour, &#233;manant d'un seul individu, alors qu'il vient de conqu&#233;rir une salle enti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Heureusement, une autre repr&#233;sentation a lieu le lendemain, puis une autre, et une autre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Hypoth&#232;se polaris&#233;e : Marlon sait qu'il ma&#238;trise certains registres, le soliloque &#233;lisab&#233;thain, la puissance des figures de S&#233;n&#232;que, le jeu feutr&#233;, stanislavskien, des pi&#232;ces de Tchekhov, cependant il doute de sa capacit&#233; &#224; donner le change dans la vie ordinaire : laver les mioches, payer les factures, faire des compromis, organiser les vacances familiales... ou, probable aussi, il n'en a pas envie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_87 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/lime_0036.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/lime_0036.jpg?1730895315' width='500' height='763' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_88 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/featured_limelight-feux-rampe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/featured_limelight-feux-rampe.jpg?1730895332' width='500' height='394' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Limelight&lt;/i&gt; - Charlie Chaplin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de transition entre l'art de l'acteur et le trouble histrionique, voyons l'actrice Vivien Leigh interpr&#233;ter Blanche Dubois dans &lt;i&gt;Un tramway nomm&#233; D&#233;sir&lt;/i&gt;, un film d'Elia Kazan adapt&#233; de la pi&#232;ce &#233;ponyme de Tennessee Williams - &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VRV3Xb11kvU&amp;t=37s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cliquer ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_90 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/local/cache-vignettes/L262xH350/image4-9a8f1.png?1730913086' width='262' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Blanche Dubois est une femme terrifi&#233;e &#224; l'id&#233;e de vieillir, endeuill&#233;e par la perte de son &#233;poux, dont on apprend qu'il &#233;tait homosexuel, et ruin&#233;e parce qu'elle n'aurait pas su garder la propri&#233;t&#233; familiale. Pour couronner le tout, la soci&#233;t&#233; la rejette suite &#224; un d&#233;tournement de mineur dont elle s'est rendu coupable alors qu'elle &#233;tait enseignante. Sa survie consiste &#224; &#171; arranger la v&#233;rit&#233; &#187;, &#224; en refuser certaines. Tourment&#233;e par son envie de s&#233;duire son beau-fr&#232;re Stanley Kowalski alias Marlon Brando (qui finira par la violer) et par l'urgence de retrouver un mari - elle jette son d&#233;volu sur Mitch, ami de Kowalski, jusqu'&#224; ce que la m&#232;re de Mitch, ne la trouvant &#171; pas assez pure &#187;, oppose son v&#233;to - elle sombre peu &#224; peu dans la &lt;i&gt;folie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En miroir du trouble &#171; &lt;strong&gt;hyst&#233;rique&lt;/strong&gt; &#187; de Blanche (son besoin de plaire, son th&#233;&#226;tralisme), Tennessee Williams dresse le &lt;strong&gt;trouble hyst&#233;rique masculin&lt;/strong&gt;, &#224; travers le personnage jou&#233; par Brando (acc&#232;s de col&#232;re, domination, violence), moins surprenant, plus banal que celui associ&#233; &#224; une f&#233;minit&#233; souffrante. En violeur sexy, Brando triomphera de fait, et on conna&#238;t &lt;a href=&#034;https://www.lokko.fr/2024/06/24/maria-le-dernier-tango-a-paris-post-metoo/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la suite&lt;/a&gt;, le &lt;i&gt;bad boy&lt;/i&gt; &#233;tant pour Hollywood un fonds de commerce juteux...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_96 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/local/cache-vignettes/L450xH600/un-tramway-nomme-desir-a-streetcar-named-desire-de-eliakazan-avec-marlon-brando-fe3aa.jpg?1730982580' width='450' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_95 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/tango-a-paris-beurre-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/tango-a-paris-beurre-2.jpg?1730982304' width='500' height='274' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la misogynie collective qui rejette la femme seule vieillissante, comprenne qui pourra. Pourtant, on voit bien ici comment l'organisme et l'environnement cocr&#233;ent une pathologie : Blanche serait-elle &#171; hyst&#233;rique &#187; si la soci&#233;t&#233; ne la condamnait pas &#224; plaire &#224; tout prix, si sa survie, comme elle le croit, sans doute, &#224; juste titre, ne d&#233;pendait pas des hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_98 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/oedipe-roi-1967-01-g_800x600.jpg?1730982649' width='500' height='393' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est l'une des difficult&#233;s qui entoure &#171; l'hyst&#233;rie &#187;. Sur un plan &lt;strong&gt;anthropologique&lt;/strong&gt;, le comportement &#171; hyst&#233;rique &#187; a d'abord permis la protection de l'esp&#232;ce. L'hyst&#233;rie, et la perception qu'on en a, sont particuli&#232;rement, intrins&#232;quement li&#233;s, &#224; l'&#233;volution de l'&#234;tre humain en soci&#233;t&#233;, nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce d&#233;tour par le th&#233;&#226;tre, revenons &#224; l'histoire du mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; r&#233;cemment, l'histrionisme &#233;tait appel&#233; hyst&#233;rie. R&#233;cemment, c'est-&#224;-dire jusqu'en 1980. Puis, dans le &lt;strong&gt;DSM III&lt;/strong&gt;, la &#171; n&#233;vrose hyst&#233;rique &#187; a &#233;t&#233; scind&#233;e en troubles somatoformes d'une part et, d'autre part, en personnalit&#233;s &#233;motionnellement labiles prenant le nom d'histrioniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme, histrionique/hyst&#233;rie, rime avec exc&#232;s, de col&#232;re ou de s&#233;duction, mani&#233;risme, extravagance, infantilisme, narcissisme, superficialit&#233;, absence d'authenticit&#233;, simulation, etc. L'histrionique se mettrait en sc&#232;ne, serait manipulateur.trice, aurait pour finalit&#233; d'attirer l'attention, d'&#233;pater la galerie, couverture &#224; soi, de faire du drame, d'inqui&#233;ter l'entourage, etc. Son sympt&#244;me serait, on l'a vu, le &lt;strong&gt;th&#233;&#226;tralisme&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on laisse de c&#244;t&#233; l'art th&#233;&#226;tral, son histoire se confond, encore maintenant, avec la perception du f&#233;minin, et il para&#238;t d&#233;licat de parler d'histrionisme en enjambant son ancien nom d'hyst&#233;rie ; ce serait alimenter une forme de d&#233;ni quant &#224; ce qui a longtemps &#233;t&#233;, &#224; travers justement ce mot &#224; l'&#233;tymologie grecque (hystera/ut&#233;rus, hysterikos/malade de l'ut&#233;rus), et les mots r&#233;duisent, une forme de &lt;strong&gt;pathologisation de la f&#233;minit&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire ici le &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/15875&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;genre face aux mutations&lt;/a&gt; de Nicole Edelman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, il est extr&#234;mement instructif d'&#233;couter, sur France Culture, les quatre &#233;pisodes de l'&#233;mission LSD qui d&#233;montrent comment l'histoire violente de l'hyst&#233;rie continue d'alimenter la misogynie dans les domaines psychiatrique, psychanalytique, politique, judiciaire&#8230; Par la&lt;strong&gt; psychiatrisation des &#171; troubles &#187; f&#233;minins&lt;/strong&gt;, par la &lt;strong&gt;stigmatisation de la parole f&#233;minine&lt;/strong&gt; (de la sorci&#232;re poss&#233;d&#233;e aux &#171; poissonni&#232;res &#187; qui se font siffler &#224; l'Assembl&#233;e nationale, la furieuse est point&#233;e comme inaudible, dangereuse, ridicule, etc.), le terme &#171; hyst&#233;rie &#187; fabrique toujours du musellement, donc de l'ostracisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une femme en col&#232;re sera tr&#232;s souvent qualifi&#233;e d'hyst&#233;rique, une fa&#231;on d'invalider sa parole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela para&#238;t caricatural, &#231;a ne l'est pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce n'est, bien &#233;videmment pas, sans cons&#233;quence sur la constitution m&#234;me de la soci&#233;t&#233;, l'&#233;ducation, la sexualit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;couter &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-les-fantomes-de-l-hysterie-histoire-d-une-parole-confisquee?fbclid=IwAR2lIAuT6siovhZHYOn31-sneI4-h9hI2IMXbne7iDjWS6Hypk1Q44vwzH8_aem_ASB_l9_eeeYGoCm6Z7PPZVsnbItBzXhZbWmNNtleNzm9SNF1GmbFarLEh0FdbdJ6DwELWVsKe0XWo-PkmWAf28lQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;France Culture&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les fant&#244;mes de l'hyst&#233;rie - Histoire d'une parole confisqu&#233;e : un podcast &#224; &#233;couter en ligne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_91 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/local/cache-vignettes/L276xH151/image5-34db6.jpg?1730927135' width='276' height='151' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_92 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/local/cache-vignettes/L292xH146/image6-86b8e.jpg?1730927135' width='292' height='146' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment &#231;a appara&#238;t ? (selon le DSM)
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au niveau clinique, la caract&#233;ristique essentielle de la personnalit&#233; hyst&#233;ro-histrionique est un mode g&#233;n&#233;ral de comportement fait de r&#233;ponses &#233;motionnelles et de qu&#234;te d'attention excessives, envahissantes. Le para&#238;tre prime sur l'&#234;tre. Ce mode appara&#238;t au d&#233;but de l'&#226;ge adulte, est pr&#233;sent dans des contextes divers, comme en t&#233;moignent &lt;strong&gt;au moins cinq des manifestations suivantes&lt;/strong&gt;, pour citer le DSM :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
1.	Le sujet est mal &#224; l'aise dans les situations o&#249; il n'est pas au centre de l'attention d'autrui&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	L'interaction avec autrui est souvent caract&#233;ris&#233;e par un comportement de s&#233;duction sexuelle inadapt&#233;e ou une attitude provocante&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	Expression &#233;motionnelle superficielle et rapidement changeante&lt;br class='autobr' /&gt;
4.	Utilise r&#233;guli&#232;rement son aspect physique pour attirer l'attention sur soi&lt;br class='autobr' /&gt;
5.	Mani&#232;re de parler trop subjective mais pauvre en d&#233;tails&lt;br class='autobr' /&gt;
6.	Dramatisation, th&#233;&#226;tralisme et exag&#233;ration de l'expression &#233;motionnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
7.	Suggestibilit&#233;, est facilement influenc&#233; par autrui ou par les circonstances&lt;br class='autobr' /&gt;
8.	Consid&#232;re que ses relations sont plus intimes qu'elles ne le sont en r&#233;alit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Source : Michel Delbrouck, &lt;i&gt;Psychopathologie : Manuel &#224; l'usage du m&#233;decin et du psychoth&#233;rapeute&lt;/i&gt;, pp.350-352&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delbrouck est assez s&#233;v&#232;re dans sa description : &#171; lorsqu'elle est en groupe, cette personnalit&#233; fait parfois honte &#224; ceux qui l'accompagnent car elle s'exprime de mani&#232;re exag&#233;r&#233;e, en riant aux &#233;clats, en parlant tr&#232;s fort ou bien en prenant un air d&#233;sesp&#233;r&#233; dans d'autres circonstances. &#187; Il parle de &#171; caract&#232;re d'inauthenticit&#233; &#187;, &#171; d'actions enfl&#233;es &#187;, de liens affectifs tiss&#233;s tr&#232;s rapidement mais sans maintien de la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hyst&#233;rique joue le r&#244;le que l'autre est cens&#233; attendre de sa part, ce que Delbrouck appelle &lt;strong&gt;suggestibilit&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pointe sa&lt;strong&gt; labilit&#233; &#233;motionnelle&lt;/strong&gt; : passer du rire aux larmes ou l'inverse. Une dialectique relationnelle bas&#233;e sur l'affect. Avec, toujours, manipulation, dans le but de mener l'autre o&#249; il veut le conduire. L'hyst&#233;rique prendrait la position de victime afin de tenter de ma&#238;triser l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres caract&#233;ristiques : la &lt;strong&gt;mythomanie&lt;/strong&gt; (l'hyst&#233;rique vit dans un monde de pens&#233;e imaginaire, il ne s'agit pas de mensonge mais d'une falsification de la r&#233;alit&#233; et de ses rapports avec autrui de mani&#232;re &#224; s'imposer dans l'&#233;tendue du d&#233;sir de l'autre), le fait d'&#234;tre en repr&#233;sentation perp&#233;tuelle (dans sa d&#233;pendance de l'autre, l'hyst&#233;rique abdique sa propre personnalit&#233;), &lt;strong&gt;l'&#233;gocentrisme&lt;/strong&gt;, les &lt;strong&gt;troubles de la sexualit&#233;&lt;/strong&gt;, la &lt;strong&gt;d&#233;pendance affective&lt;/strong&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette posture &#171; sachante &#187; pour analyser un individu, celle de Delbrouck et qui n'est pas la mienne, pourrait relever de la normopathie, ce qui nous am&#232;nerait ailleurs. Quoique. Renier en soi sa part d'hyst&#233;rie en la rendant laide, grotesque, cette vision normopathe de la psychiatrie, est une id&#233;ologie qui charrie, misogynie et masculinisme en t&#234;te, une conception fascisante de la soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus stimulant sera de nous demander ce que vit &#171; l'hyst&#233;rique &#187;, chez qui coexistent &#224; la fois la n&#233;cessit&#233;, vitale, d'&#234;tre vu(e), reconnu(e), aim&#233;(e) et une impossibilit&#233; de recevoir, d'int&#233;grer la reconnaissance, de s'en nourrir (voir la m&#233;taphore caricaturale du com&#233;dien) ? &lt;strong&gt;L'ins&#233;curit&#233; de fond&lt;/strong&gt; est grande, souffrante,&lt;strong&gt; le besoin de plaire devient l'obligation de faire plaisir &#224; l'autre&lt;/strong&gt;, de le s&#233;duire, plut&#244;t que de conscientiser son propre d&#233;sir, authentique, et de le suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire &#171; l'hyst&#233;rique &#187; est un raccourci, &#171; l'individu quand il a recours &#224; l'hyst&#233;rie &#187; serait plus juste, car l'hyst&#233;rie, comme tous les traits, troubles class&#233;s par les manuels de psychopathologie est avant tout une ressource, une fa&#231;on de s'adapter &#224; l'environnement. La psychopathologie est une cl&#233; d'interpr&#233;tation comme une autre, je lui pr&#233;f&#232;re le cin&#233;ma, la litt&#233;rature, mais bon, ce texte s'inscrit dans un contexte de formation didactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve int&#233;ressant de nous appuyer sur &#171; Psychoth&#233;rapie existentielle &#187; de No&#235;l Salath&#233; car, m&#234;me si l'ouvrage date de 1995 et que Salath&#233; fait la distinction, un peu obsol&#232;te, entre &lt;strong&gt;hyst&#233;rie classique, hyst&#233;rie labile et hyst&#233;rie th&#233;&#226;trale&lt;/strong&gt; (histrionisme), il replace les diff&#233;rentes facettes du &#171; caract&#232;re hyst&#233;rique &#187; dans le cadre de la&lt;strong&gt; th&#233;orie du Self&lt;/strong&gt; et propose un accompagnement th&#233;rapeutique gestaltiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un plan ph&#233;nom&#233;nologique, Salath&#233; d&#233;crit s'abord un &#171; syst&#232;me cognitif global, assez diffus, manquant de nettet&#233;, surtout concernant les d&#233;tails. L'attention est peu soutenue : l'hyst&#233;rique ne cherche pas le d&#233;tail mais s'attache &#224; ce qui est tr&#232;s frappant, impressionnant. Il n'est pas capable de concentration intellectuelle intense ou soutenue, se distrait tr&#232;s facilement. Son monde n'est pas enracin&#233; dans des faits concrets. Il ne cherche pas des solutions articul&#233;es sur des principes rigoureux, mais travaille au &#171; flash &#187;, &#224; &#171; l'inspiration &#187;. Il s'ensuit en pratique qu'il manque souvent tr&#232;s nettement de connaissances. Son univers subjectif est constitu&#233; non de savoir mais de fantasmes et de romanesque. Les hyst&#233;riques sont &#171; na&#239;fs &#187; : il y a inhibition du cognitif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jugement, les id&#233;es comme les affects sont labiles et non pas profond&#233;ment int&#233;gr&#233;s. Ils ne font pas l'objet d'une mise en relation avec la structure&lt;strong&gt; Personnalit&#233;&lt;/strong&gt;, de plus la fonction &lt;strong&gt;Moi &lt;/strong&gt; est inop&#233;rante. Ainsi l'impressionnisme cognitif a son pendant dans l'affectif. Ce dernier, qui est vite d&#233;clench&#233; et &#233;prouv&#233; au niveau conscient, est d'embl&#233;e consid&#233;r&#233; comme le produit fini, il ne fait l'objet d'aucune perlaboration. L'organisation, le raffinement et l'int&#233;gration des contenus psychiques sont court-circuit&#233;s. Le processus par lequel un jugement, une impression diffuse, deviennent une id&#233;e claire ou celui par lequel une perception se transforme en &#233;motion profonde, ces processus sont inexistants chez l'hyst&#233;rique. L'inhibition de l'affect, de sa manifestation &#224; l'&#233;tat &#171; brut &#187;, se produisent uniquement lorsque les choses prennent une tournure v&#233;ritablement s&#233;rieuse, que tout cela cesse d'&#234;tre du cin&#233;ma, un spectacle pour faire semblant. Il s'agit alors souvent d'une rencontre choc &#224; ce stade avec une introjection (un interdit) massive en contradiction flagrante avec la r&#233;alisation subite que son jeu est pris au s&#233;rieux par l'interlocuteur. &#187; pp.118-119&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hyst&#233;rie classique &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Salath&#233; reprend des &#233;l&#233;ments de la vision freudienne du complexe d'&#338;dipe, puisqu'il d&#233;crit le m&#233;canisme hyst&#233;rique comme un interdit sexuel puissamment introjet&#233; face &#224; la mont&#233;e d'une bouff&#233;e &#233;norme de d&#233;sir, d'une pulsion &#233;rotique tr&#232;s &#233;clatante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des sympt&#244;mes par conversion et autres somatisations importantes (par exemple : hyperventilation, vertiges, somnolence, c&#233;phal&#233;es, troubles du sommeil, convulsions, &#233;vanouissements&#8230;) peuvent se former. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;flexion possible : fantasmes ou r&#234;ves mais m&#234;me cette d&#233;flexion est culpabilisante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Solution : r&#233;pression massive jusqu'&#224; la d&#233;vitalisation, la paralysie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Besoin, &#233;galement, de se &lt;strong&gt;d&#233;responsabiliser&lt;/strong&gt; du d&#233;sir par une projection = cr&#233;ation d'un sympt&#244;me renfor&#231;ant la r&#233;pression (ex : mise en place d'une frigidit&#233; ou argumentation du genre &#171; mon c&#339;ur ne me permet pas&#8230; &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introjection&lt;/strong&gt; fondamentale + fonction &lt;strong&gt;&#199;a&lt;/strong&gt; omnipotente&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Moi&lt;/strong&gt; totalement occult&#233; par l'interdit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Rupture&lt;/strong&gt; du cycle du contact au niveau de &lt;strong&gt;l'excitation&lt;/strong&gt; ou, plus tard &#224; l'&#233;tape de &lt;strong&gt;l'&#233;motion&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le blocage n'a pas tout &#224; fait lieu &#224; l'&#233;tape de l'&#233;motion, il y a d&#233;but de jeu, de mise en acte par la s&#233;duction (toujours dans le registre du &lt;strong&gt;&#199;a&lt;/strong&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, ce jeu, quand l'individu r&#233;alise qu'il n'est pas innocent, est suivi d'une grande mont&#233;e d'angoisse. Le processus se terminera par une formation r&#233;actionnelle (fuite physique, sympt&#244;me, frigidit&#233;) venant renforcer l'introjection, &#233;viter sa mise en &#233;chec et l'angoisse que cette perspective engendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Posture du th&#233;rapeute en Gestalt&lt;/strong&gt; : viser la mise en &#233;chec du processus de &lt;strong&gt;d&#233;responsabilisation&lt;/strong&gt;. Amener le ou la patient.e &#224; acc&#233;der au &lt;strong&gt;Moi&lt;/strong&gt;, l'id&#233;e &#233;tant d'exp&#233;rimenter qu'il a des choix possibles&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre niveau mis en cause : l'introjection (qui peut bloquer la mise en &#339;uvre &#233;ventuelle du Moi).&lt;br class='autobr' /&gt;
Axer la prise de conscience sur la responsabilit&#233; du Moi et non sur l'irresponsabilit&#233; du &#199;a. Le Moi n'est pas responsable des pulsions du &#199;a &lt;br class='autobr' /&gt;
Faire percevoir la distinction entre fantasme et action.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hyst&#233;rie labile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette forme est moins li&#233;e &#224; l'hyst&#233;rie classique avec interdiction et r&#233;pression d'un d&#233;sir sexuel (selon Salath&#233;) : cette forme est celle dans laquelle la &lt;strong&gt;labilit&#233;&lt;/strong&gt; est dominante dans le tableau comportemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La labilit&#233; est une caract&#233;ristique de toute hyst&#233;rie. Elle porte sur l'ensemble des domaines de l'exp&#233;rience : cognitif, &#233;motif, affectif, spirituel m&#234;me. Le sujet passe &#224; toute vitesse d'un int&#233;r&#234;t &#224; l'autre, d'une humeur &#224; l'autre, d'une impression &#224; l'autre, d'un d&#233;sir &#224; l'autre et ainsi de suite sans cesse. L'hyst&#233;rique touche &#224; tout, n'ach&#232;ve rien. Il part, il court, dans toutes les directions &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les personnes autour de lui, les relations sont tr&#232;s frustrantes, ses partenaires ne peuvent jamais compter sur rien, ne peuvent rien planifier, ne sachant pas ce qui va se passer d'un moment &#224; l'autre. M&#234;me le contact verbal est difficile, la conversation &#233;tant &#224; tout moment &lt;strong&gt;d&#233;fl&#233;chie&lt;/strong&gt; par l'hyst&#233;rique. Ce n'est pas qu'il y ait absence d'&#233;nergie, mais celle-ci est &#233;parpill&#233;e, elle n'avance &#224; rien et tout reste en d&#233;finitive sur place apr&#232;s brassage de beaucoup d'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En termes de Gestalt&lt;/strong&gt;, nous sommes en pr&#233;sence d'une &lt;strong&gt;multitude de gestalts avort&#233;es apr&#232;s&lt;/strong&gt; la p&#233;riode de &lt;strong&gt;prise de conscience et avant&lt;/strong&gt; l'&#233;tape, selon le cas, soit de l'&lt;strong&gt;action&lt;/strong&gt;, soit de l'&lt;strong&gt;interaction&lt;/strong&gt;. Il y a blocage parce que le &lt;strong&gt;&#199;a&lt;/strong&gt; se trouve sollicit&#233; &#224; nouveau et les gestalts se t&#233;l&#233;scopent. La suivante arrive avant que la pr&#233;c&#233;dente n'ait &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;e. Elle reste en rade. Il y a agitation, &#233;motion, mais le cycle s'arr&#234;te &#224; peu pr&#232;s l&#224;. Comme il y a absence de contact, bien &#233;videmment il n'y a &lt;strong&gt;pas&lt;/strong&gt; de p&#233;riode d'&lt;strong&gt;int&#233;gration&lt;/strong&gt; et donc pas de possibilit&#233; de structuration de &lt;strong&gt;Personnalit&#233; forte&lt;/strong&gt;. Une excitation du &lt;strong&gt;&#199;a&lt;/strong&gt; chasse l'autre, &lt;strong&gt;sans passage au Moi&lt;/strong&gt; et sans suite dans le d&#233;veloppement du cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte sexuel, &#233;tant donn&#233; qu'il n'y a pas d'inhibition (&#224; la diff&#233;rence de l'hyst&#233;rie classique), sous la pouss&#233;e du &lt;strong&gt;&#199;a&lt;/strong&gt;, l'acte est poursuivi jusqu'&#224; l'interaction (co&#239;t). L'orientation, le choix du partenaire n'aura pas forc&#233;ment &#233;t&#233; bonne puisque le Moi se trouve submerg&#233; par le &lt;strong&gt;&#199;a&lt;/strong&gt;. Le passage &#224; l'acte est impulsif, le contact reste souvent superficiel. Le &lt;strong&gt;&#199;a&lt;/strong&gt; demeure la fonction premi&#232;re et l'excitation va :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Soit rester constamment en charge, donc incapacit&#233; de rel&#226;cher, de passer au registre Moyen, &#224; la confluence et au retrait, l'&#233;tat f&#233;brile demeurant sans satisfaction ultime&lt;br class='autobr' /&gt;
Soit &#234;tre remplac&#233;e par une nouvelle excitation, les relations se multipliant avec de nombreux partenaires d'occasion. La labilit&#233; sexuelle se traduisant par un comportement rappelant la nymphomanie ou le satyriasis.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective existentielle, ce comportement peut &#234;tre compris comme une &lt;strong&gt;tentative forcen&#233;e d'&#233;chapper &#224; la contrainte de solitude&lt;/strong&gt;, combin&#233;e &#224; un syst&#232;me de protection face &#224; l'impossibilit&#233; de b&#233;n&#233;ficier de l'amour inconditionnel tant d&#233;sir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piste de travail th&#233;rapeutique autour de l'angoisse profonde originelle qui est l'imaginaire de l'impossibilit&#233; de satisfaction r&#233;elle du d&#233;sir. Donc plut&#244;t d'une &lt;strong&gt;projection&lt;/strong&gt; (et non &lt;strong&gt;introjection&lt;/strong&gt; comme dans l'hyst&#233;rie classique). &lt;br class='autobr' /&gt;
Autre cible d'intervention : la labilit&#233;. Le th&#233;rapeute peut s'efforcer de ralentir les sollicitations du &lt;strong&gt;&#199;a&lt;/strong&gt;, baisser le niveau d'excitation, faire prendre le temps de bien former l'&#233;motion et passer aux &#233;tapes sup&#233;rieures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mettre la fonction &lt;strong&gt;Moi en &#339;uvre&lt;/strong&gt; en invitant &#224; faire des choix, &#224; &#233;tablir des hi&#233;rarchies dans les pulsions et &#224; les amener &#224; pleine maturation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fin de l'emprunt &#224; l'ouvrage de &lt;a href=&#034;https://cifpr.fr/texte_document/noel-salathe-la-piste-from-elements-dhistoriographie-gestalt-therapique-existentielle/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;No&#235;l Salath&#233;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Psychoth&#233;rapie existentielle, une approche gestaltiste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; &#231;a vient ? &#192; quoi &#231;a sert ? Bref regard anthropologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-cahiers-de-gestalt-therapie-2014-1-page-173?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Psychopathologie en gestalt-th&#233;rapie&lt;/a&gt;, l'article de Sergio La ROSA a pour mission de voir l'hyst&#233;rie comme un &lt;strong&gt;ph&#233;nom&#232;ne socia&lt;/strong&gt;l, comme une pathologie qui n'est pas limit&#233;e &#224; l'univers f&#233;minin, ou &#224; la comprendre comme une manifestation qui remonte aux origines anthropologiques de la culture. On peut faire un d&#233;tour par les bonobos, &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/evolution-et-troubles-de-personnalite--9782804701024-page-115?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme le fait Dragoslav Miric&lt;/a&gt;, qui pr&#233;cisent que chez ces primates, un comportement sexuel &#171; inappropri&#233; &#187; ou exag&#233;r&#233;, comme le fait de pr&#233;senter soudainement son p&#233;nis ou sa vulve, avait pour fonction d'&#233;viter un conflit ou d'y mettre un terme.&lt;br class='autobr' /&gt;
LA ROSA revient &#233;galement sur l'&#233;volution des esp&#232;ces. Chez les primates d&#233;velopp&#233;s, l'exag&#233;ration des qualit&#233;s sexuelles a pour but d'attirer le sexe oppos&#233; : l'exag&#233;ration, la simulation, induit un succ&#232;s &#233;lev&#233; en terme de reproduction. Il s'est donc agi, aux origines, d'une question de survie de l'esp&#232;ce. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les individus malades ou &#226;g&#233;s (donc sans activit&#233; de reproduction) forment des groupes coop&#233;ratifs. De m&#234;me, les femelles qui sont en charge des petits. Les leaders de ces groupes coop&#233;ratifs testent les individus qui, pour survivre, doivent &#233;galement simuler et exag&#233;rer leurs qualit&#233;s. En gros, para&#238;tre faible peut entra&#238;ner l'exclusion du groupe coop&#233;ratif. Les petits aussi apprennent tr&#232;s t&#244;t &#224; simuler, exag&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et La ROSA de conclure : &#171; la prog&#233;niture et les femelles pourraient ainsi avoir eu recours &#224; la simulation pour &#233;viter d'&#234;tre abus&#233;es par des m&#226;les adultes. &#187; p.770&lt;br class='autobr' /&gt;
A-t-on tellement chang&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_93 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/local/cache-vignettes/L451xH307/le-casanova-de-fellini_55836_48618-0e1e4.jpg?1730960373' width='451' height='307' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Il Casanova - Federico Fellini&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je repense &#224; Blanche Dubois, la femme terrifi&#233;e &#224; l'id&#233;e de vieillir et qui, pour ne pas &#234;tre une nouvelle fois exclue, simule et exag&#232;re ses qualit&#233;s de s&#233;duction face aux hommes qu'elle rencontre chez sa s&#339;ur, son beau-fr&#232;re et son ami, cherchant peut-&#234;tre, sans doute, leur protection. Ne pas leur plaire pourrait signifier devoir partir, vivre l'exclusion, or Blanche a &#233;puis&#233; tous les recours dont elle disposait et n'a plus nulle part o&#249; aller.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prisonni&#232;re de sa d&#233;pendance aux autres, une d&#233;pendance dont elle n'est pas responsable, victime de la domination sexuelle de Kowalscki qui la viole le soir o&#249; sa femme part accoucher, elle est accus&#233;e de simulation par sa s&#339;ur qui ne veut pas croire au viol. &#192; la fin, Blanche finit par accepter d'&#234;tre intern&#233;e &#224; l'asile et le film se finit sur son sourire, alors qu'elle s'adresse au &#171; gentil m&#233;decin &#187; en lui disant : &#171; J'ai toujours d&#233;pendu de la gentillesse des inconnus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_94 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/local/cache-vignettes/L274xH208/image7-59e7e.png?1730961373' width='274' height='208' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;crit dans le cadre du troisi&#232;me cycle de formation &#224; l'&lt;a href=&#034;https://www.epg-gestalt.fr/devenir-gestalt-therapeute/cycle3-psychopathologies&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;cole parisienne de Gestalt&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;2024&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les mots qui n'existent pas/4</title>
		<link>https://www.cosidor.net/ecriture/article/les-mots-qui-n-existent-pas-4</link>
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		<dc:date>2024-10-12T08:01:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Cillaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il y a longtemps, un ami roumain m'a parl&#233; d'un peuple d'Am&#233;rique du Sud qui per&#231;oit le pass&#233; de fa&#231;on singuli&#232;re, spatialis&#233; devant, justement parce qu'il peut &#234;tre vu, compris, &#233;tudi&#233;. Le futur, zone aveugle, inconnu par d&#233;finition, serait derri&#232;re, dans le dos, du vent dans les voiles. L'anecdote m'a marqu&#233;e, on pourrait ne plus laisser les choses r&#233;volues flotter, proches ou lointaines, mais analyser leur r&#233;sonance au quotidien &#8211; Gabriel P&#233;ri, par exemple, boulevard ou station de m&#233;tro, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cosidor.net/ecriture/" rel="directory"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a longtemps, un ami roumain m'a parl&#233; d'un peuple d'Am&#233;rique du Sud qui per&#231;oit le pass&#233; de fa&#231;on singuli&#232;re, spatialis&#233; &lt;i&gt;devant&lt;/i&gt;, justement parce qu'il peut &#234;tre vu, compris, &#233;tudi&#233;. Le futur, zone aveugle, inconnu par d&#233;finition, serait &lt;i&gt;derri&#232;re&lt;/i&gt;, dans le dos, du vent dans les voiles. L'anecdote m'a marqu&#233;e, on pourrait ne plus laisser les choses r&#233;volues flotter, proches ou lointaines, mais analyser leur r&#233;sonance au quotidien &#8211; &lt;i&gt;Gabriel P&#233;ri&lt;/i&gt;, par exemple, boulevard ou station de m&#233;tro, qui &#233;tait-il vraiment ? &lt;i&gt;Bessi&#232;res&lt;/i&gt;, gymnase et patronyme d'un de mes profs de litt&#233;rature compar&#233;e, mais en vrai ? &#8211; les noms ouvrent des vertiges &#8211; d'autres d&#233;tails m'importent davantage que ces vies plus ou moins historiques, conna&#238;tre avec pr&#233;cision l'attitude des diff&#233;rents gouvernements fran&#231;ais &#224; l'&#233;gard du franquisme par exemple ou cette logique des noms qui nous &#233;chappe, chez les divinit&#233;s grecques, Art&#233;mis dite aussi H&#233;cate, Cynthia, Ph&#233;b&#233;, S&#233;l&#233;n&#233;, autant de d&#233;esses qu'invoque M&#233;d&#233;e en manque de fureur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_85 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2639.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2639.jpg?1728719846' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand j'habitais Vichy, &#224; l'adolescence, je passais chaque jour devant une maison cossue, Vichy en regorge, sur la fa&#231;ade de laquelle un nom, &lt;i&gt;Albert Londres&lt;/i&gt;, m'intriguait. Ce devait forc&#233;ment &#234;tre un Anglais et, dans ma t&#234;te, je lui avais fait celle de Saint-Exup&#233;ry, cernes noires bonnet d'aviateur. J'ai oubli&#233; pourquoi. Il y avait aussi &lt;i&gt;Val&#233;ry Larbaud&lt;/i&gt;, la m&#233;diath&#232;que, o&#249; j'allais tr&#232;s souvent, ignorant que le bureau et la biblioth&#232;que de l'&#233;crivain jouxtaient l'espace discoth&#232;que. J'empruntais des vinyles de Bowie, Ferr&#233;, Higelin tandis que le fant&#244;me de Larbaud, ligot&#233; dans la reconstitution de ce qui avait &#233;t&#233; son int&#233;rieur, poussi&#233;reux &#224; force d'attente vaine, s'ennuyait. Fant&#244;me ignor&#233;, remis&#233; derri&#232;re un cordon de s&#233;curit&#233;. &lt;i&gt;Val&#233;ry Larbaud&lt;/i&gt; &#233;tait un b&#226;timent municipal alors qu'il est un &#234;tre d&#233;licat, polyglotte, endeuill&#233; d&#232;s l'enfance. Je le voyais bourgeois install&#233; (Vichy) alors qu'il s'est &#233;puis&#233; par le monde en proie &#224; l'insatisfaction. Je croyais qu'il &#233;crivait comme Maurice Barr&#232;s alors qu'il se passionna pour le surr&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_82 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2640.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2640.jpg?1728719748' width='500' height='665' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le sang des perce-oreilles environne les plantes dont on fait tenir les feuilles au moyen d'&#233;pingles de s&#251;ret&#233;&lt;/i&gt;, a &#233;crit Andr&#233; Breton en d&#233;dicace des &lt;i&gt;Champs magn&#233;tiques&lt;/i&gt;, dans l'exemplaire de Larbaud expos&#233; &#224; Vichy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, je trouve sur Wikip&#233;dia cette anecdote dingue : frapp&#233; d'h&#233;mipl&#233;gie et d'aphasie &#224; cinquante-quatre ans, Larbaud aurait pass&#233; les vingt-deux derni&#232;res ann&#233;es de sa vie clou&#233; dans un fauteuil &#224; ne pouvoir dire qu'une seule phrase : &#171; Bonsoir les choses d'ici-bas &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(J'&#233;cris tout &#231;a car je ne supporte plus le monde)&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous faisions nos devoirs au troisi&#232;me &#233;tage de la m&#233;diath&#232;que, nos rires d'adolescentes singeant l'arrogance des gar&#231;ons du coll&#232;ge, le bruit des chaises que nous tirions sans gr&#226;ce pour rapprocher nos t&#234;tes et livrer nos secrets, nos parfums bon march&#233; achet&#233;s &#224; Prisunic, fleur d'oranger patchouli, m&#234;l&#233;s &#224; l'odeur des Lucky Strike que St&#233;phanie recouvrait de d&#233;o avant de rentrer chez elle, l'&#233;lectricit&#233; qui traversait nos corps, puissante, grisante, &#224; l'&#226;ge o&#249; nous inventions tout de nous, l'apparence, les r&#234;ves pour plus tard, le d&#233;sespoir en groupe (&#244; nos soir&#233;es de spiritisme &#224; convoquer les morts, musique planante bougies, avant de vider une bouteille de Baileys), les baisers que nous testions en esp&#233;rant la tendresse des hommes, cela amusait-il le fant&#244;me aphasique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand la biblioth&#233;caire exc&#233;d&#233;e finissait par nous chasser, nous voyait-il descendre l'escalier en pouffant, sac sur l'&#233;paule, cahiers trousse serr&#233;s sur la poitrine ? Nous entendait-il depuis sa solitude &#233;tirer nos adieux, dehors, &#224; la tomb&#233;e de la nuit, quand on passe le jour au tamis et que l'angoisse &#233;merge d'avoir si peu accompli ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple en question, ce sont les Aymaras, que des &#171; ethnologues &#187; localisent entre le P&#233;rou, la Bolivie et le Chili, un peuple par-del&#224; les fronti&#232;res, donc. Outre leur conception atypique du temps, les Aymaras affirment ainsi leur appr&#233;hension de l'espace, une identit&#233; andine qui transcende la cartographie des &#233;tats. Est-ce d'avoir le pass&#233; devant, r&#233;troviseur cl&#233;ment qui se soustrait &#224; l'avenir incertain ? Un espace/temps &#224; eux, un royaume d'Alice o&#249; les lois normatives n'ont pas lieu. Quel nom donner &#224; ce territoire contest&#233; par les g&#233;ographes et la diplomatie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nom pour dire ce qui serait &lt;i&gt;ni ceci ni cela&lt;/i&gt;, ou, plus juste, &lt;i&gt;et ceci et cela&lt;/i&gt;. Car oui, cela existe, je l'ai v&#233;rifi&#233; r&#233;cemment en amenant mon fils de quatre ans &#224; l'&#233;cole maternelle de la rue Dautancourt. Tadek, tout fier, voulait me montrer son cahier d'&#233;criture o&#249; il recopie ses premiers mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DORMIR SQUALE PLAGE FORET EPEE DESERT TRESOR CITROUILLE MER&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis bien s&#251;r enthousiasm&#233;e devant l'exploit, &#233;mue, mais le mot SQUALE d&#233;notait, incongru : pourquoi pas REQUIN ? J'ai lu la liste &#224; haute voix, puis, b&#234;tement : Et donc tu connais le mot SQUALE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas tout de suite compris la r&#233;ponse de Tadek : C'est &#233;crit INDIEN. &lt;br class='autobr' /&gt;
SQUAW et non SQUALE, SQUAW pour INDIEN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots qui n'existent pas : &lt;i&gt;et squaw et indien&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_84 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2622.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2622.jpg?1728719771' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tristesse du f&#233;minisme II</title>
		<link>https://www.cosidor.net/ecriture/article/tristesse-du-feminisme-ii</link>
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		<dc:date>2024-10-07T14:52:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Cillaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#034;C'est bon, on est assez d&#233;construits, l&#224; ?&#034; Mes fils de 15 et 23 ans s'amusent du mot &#034;d&#233;construit&#034;. En quelques ann&#233;es, le plus grand est pass&#233; d'agac&#233; &#224; amus&#233;, le temps de s'approprier le terme, d'y mettre une imagerie qui lui convient, d&#233;construit pour &#171; gardien de ses fr&#232;res &#187;, &#171; protecteur de sa s&#339;ur &#187;. Protecteur de sa m&#232;re, aussi, et je le laisse faire m&#234;me si cela m'interroge sur notre soci&#233;t&#233; o&#249; un fils se sent tenu de prot&#233;ger sa m&#232;re et sa s&#339;ur, sur la tristesse de celle-ci. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cosidor.net/ecriture/" rel="directory"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;C'est bon, on est assez d&#233;construits, l&#224; ?&#034; Mes fils de 15 et 23 ans s'amusent du mot &#034;d&#233;construit&#034;. En quelques ann&#233;es, le plus grand est pass&#233; d'agac&#233; &#224; amus&#233;, le temps de s'approprier le terme, d'y mettre une imagerie qui lui convient, d&#233;construit pour &#171; gardien de ses fr&#232;res &#187;, &#171; protecteur de sa s&#339;ur &#187;. Protecteur de sa m&#232;re, aussi, et je le laisse faire m&#234;me si cela m'interroge sur notre soci&#233;t&#233; o&#249; un fils se sent tenu de prot&#233;ger sa m&#232;re et sa s&#339;ur, sur la tristesse de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur imagerie, ce sont plut&#244;t les mangas, la piraterie de &lt;i&gt;One piece&lt;/i&gt;, et d'autres que par snobisme, je n'ai jamais feuillet&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mienne, c'est Perceval le Gallois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensemble, nous ne parlons pas du proc&#232;s de Mazan, du proc&#232;s de Gis&#232;le P&#233;licot comme pr&#233;f&#232;rent nommer, &#224; raison, les f&#233;ministes. Une forme de pudeur &#8211; un tabou ? &#8211; recouvre la violence masculine ordinaire, et je ne me vois pas les questionner, entre la soupe de potiron et le fromage de brebis, sur leur perception. Dommage. En taisant cela, le tabou demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais leur parler de Perceval en revanche, de ce chevalier qu'il est commun de peindre en bizarre, parfois idiot, comme dans Kaamelott, la s&#233;rie que l'un aime bien, et que l'autre d&#233;teste. Je leur dirais que Perceval est un mod&#232;le de &#171; d&#233;construction &#187;, et que donc &#231;a ne date pas d'hier. Que c'est tout l'inverse d'ailleurs, non pas une d&#233;construction mais une construction, ce qu'a r&#233;ussi Chr&#233;tien de Troyes. Dans &lt;i&gt;Le Conte du Graal&lt;/i&gt;, la ligne qui concerne Perceval est la plus structur&#233;e, la plus coh&#233;rente, elle poss&#232;de une unit&#233; tandis que celle qui suit Gauvain se perd en confusion narrative o&#249; s'enchev&#234;trent errances et paradoxes. Le parcours de Perceval est clair : &#233;lev&#233; par sa m&#232;re, il r&#234;ve de chevalerie et s'appr&#234;te &#224; rejoindre la cour du roi Arthur, le boys club de l'&#233;poque. Sa m&#232;re lui a demand&#233; de respecter les femmes, de rechercher la compagnie d'hommes de bien et de prier Dieu. Le jeune homme appliquera les conseils &#224; l'envers (d'o&#249; son idiotie ?), commettra d'abord des erreurs puis, &#224; mesure que le r&#233;cit progresse, la r&#233;paration desdites erreurs. Cette construction me fascine. Croyant honorer la gente f&#233;minine, il se jette d'abord sur une jeune femme &#224; qui il arrache des baisers, une vingtaine, sans doute davantage, mais le viol reste implicite. L'autre p&#233;ch&#233; de Perceval est sa parole, il parle tout le temps, trop, &#224; tort et &#224; travers, provoque, fanfaronne, d&#233;fie. Il ne sait pas se taire. Or quand il faudra parler, au ch&#226;teau du Graal, &#224; bon escient pour une fois, quand il faudra poser des questions au Roi P&#234;cheur, cet homme bless&#233; &#224; l'aine, st&#233;rile, qu'il est fr&#233;quent d'assimiler au Christ et qui garde le Graal (sorte de plat &#224; poissons compos&#233; de l'or le plus pur), alors que les questions de Perceval permettraient la gu&#233;rison du roi &#8211; ce qu'il comprendra plus tard &#8211; il se tait. Cette parole, muette, sera le point de bascule &#224; partir duquel Perceval, sans identit&#233; le premier tiers du r&#233;cit, renonce &#224; la chevalerie pour entreprendre une qu&#234;te diff&#233;rente, afin de consoler sa m&#232;re et la, les femme.s qu'il a d&#233;shonor&#233;es par sa na&#239;vet&#233; et sa brusquerie. De conqu&#233;rant bavard &#224; p&#233;nitent. De brouillard en brouillard jusqu'&#224; la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je leur parlerais de la lance pleurant des larmes de sang et de cette image, la plus pr&#233;cieuse &#224; mes yeux, de l'oie bless&#233;e qui meurt dans la neige, tandis que Perceval, auto-baptis&#233; Chevalier Vermeil, bifurque. Un matin, parvenu sur une prairie enneig&#233;e o&#249; campe l'arm&#233;e du roi, un vol d'oies sauvages l'&#233;blouit. Levant le nez vers le ciel, Perceval assiste &#224; l'arriv&#233;e soudaine d'un faucon fondant sur ses proies. Le rapace rattrape bient&#244;t l'une d'elles qui s'est &#233;gar&#233;e, il la heurte, la fait tomber &#224; terre. Bless&#233;e au cou, l'oie r&#233;ussit finalement &#224; s'&#233;chapper non sans avoir laiss&#233; auparavant sur la neige trois gouttes de son sang. Perceval s'approche et s'arr&#234;te aussit&#244;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qant Percevaus vit defolee / La noif sor coi la gente jut / Et lo sans qui encor parut, / Si s'apoia desus sa lance / Por esgarder cele senblance. / Et li sanz et la nois ensanble / La fresche color li resanble / Qui est en la face s'amie / Et panse tant que toz s'oblie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Quand Perceval vit la neige qui &#233;tait foul&#233;e, l&#224; o&#249; s'&#233;tait couch&#233;e l'oie, et le sang qui apparaissant alentour, il s'appuya dessus sa lance pour regarder cette semblance. Car le sang et la neige ensemble sont &#224; la ressemblance de la couleur fra&#238;che qui est au visage de son amie. Tout &#224; cette pens&#233;e, il s'en oublie lui-m&#234;me.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absorb&#233; dans la contemplation, Perceval ne voit qu'au dernier instant Sagremor le D&#233;mesur&#233;, chevalier du roi Arthur, s'approcher de lui &#224; bride abattue. Il le d&#233;sarme alors sans peine et, tandis que Sagremor retourne humili&#233; au campement, Perceval replonge dans le spectacle du sang frais piquetant la neige. Il en va de m&#234;me pour le s&#233;n&#233;chal Keu auquel Perceval, l'ayant aper&#231;u juste &#224; temps, d&#233;bo&#238;te la clavicule et brise l'os du bras droit avant de le laisser comme mort en plein champ, &#233;vanoui sous la douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et Percevaus sor les .III. gotes / Se rapoia desus sa lance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Cependant Perceval devant les trois gouttes a repris appui dessus sa lance.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image de ce rouge sur fond blanc fascinera autant les lecteurs qu'en son temps (fictionnel) Perceval lui-m&#234;me. Instant suspendu. R&#233;v&#233;lation d'un sens ouvert, r&#233;fl&#233;chissant, &#224; l'instar de la neige, et qui, alors que le soleil efface une &#224; une les gouttes de sang, scellera le destin du jeune Gallois : conduit jusqu'&#224; la cour du roi Arthur, Perceval apprendra enfin ce qui l'attend de la bouche de la Demoiselle Hideuse &#8211; une vie d'errance et de recueillement. Ce qu'il a lu tant&#244;t sur la surface enneig&#233;e, &#224; quelle exigence int&#233;rieure cette composition l'a men&#233;, le r&#233;cit ne le dit pas. Le sang s'est d&#233;j&#224; &#233;vapor&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#201;pinettes/1</title>
		<link>https://www.cosidor.net/ecriture/article/epinettes-1</link>
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		<dc:date>2024-09-23T08:24:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Cillaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;J'habite aux &#201;pinettes, pr&#232;s du passage Petit-Cerf dont le nom caresse l'imaginaire, j'en oublierais sa voisine, une station-service Total aux odeurs d'essence, pour me croire en for&#234;t. Je ne suis pas la seule puisque deux cariatides, l'une de Diane, l'autre d'Act&#233;on, ornent l'angle form&#233; par le passage Petit-Cerf et la rue Boulay. Fig&#233; dans sa stupeur, t&#234;te de b&#234;te aux abois sexe &#224; l'air, Act&#233;on sera bient&#244;t d&#233;vor&#233; par ses chiens. Il semble apeur&#233; tandis que nue, les yeux ferm&#233;s, un sourire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cosidor.net/ecriture/" rel="directory"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'habite aux &#201;pinettes, pr&#232;s du passage Petit-Cerf dont le nom caresse l'imaginaire, j'en oublierais sa voisine, une station-service Total aux odeurs d'essence, pour me croire en for&#234;t. Je ne suis pas la seule puisque deux cariatides, l'une de Diane, l'autre d'Act&#233;on, ornent l'angle form&#233; par le passage Petit-Cerf et la rue Boulay. Fig&#233; dans sa stupeur, t&#234;te de b&#234;te aux abois sexe &#224; l'air, Act&#233;on sera bient&#244;t d&#233;vor&#233; par ses chiens. Il semble apeur&#233; tandis que nue, les yeux ferm&#233;s, un sourire aux l&#232;vres, plus pr&#232;s de s'offrir que de hurler &#224; l'offense, Diane lui fait face. La douceur du sourire me surprend toujours, nul triomphe dans le mouvement des l&#232;vres qui donne &#224; la chasseresse, &#224; son visage ovale, une note apais&#233;e. Si elle ne dort pas, est-ce un sourire de soulagement ? D'abandon ? Nul triomphe mais quand m&#234;me un peu d'ironie, ou est-ce la mienne ?, car Act&#233;on, frustr&#233; dans son d&#233;sir, bient&#244;t d&#233;vor&#233; par ses amis les chiens, l&#232;ve son bras droit, poing ferm&#233;, dans un geste &#233;nigmatique. Le poing pourrait &#234;tre rageur, j'y lis surtout du d&#233;sarroi (les deux ne s'opposent pas).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_80 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2406.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2406.jpg?1727079667' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_81 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2407.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cosidor.net/IMG/jpg/img_2407.jpg?1727079680' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pauvre Act&#233;on, mourir sur un malentendu ! En effet, certaines interpr&#233;tations du mythe privil&#233;gient la piste de l'erreur grossi&#232;re plut&#244;t que celle de l'intention de viol. Act&#233;on brame-t-il (m&#233;chante ironie) son innocence avec, pour preuve, son refus de se d&#233;fendre, de repousser violemment les m&#226;choires de la b&#234;te aux prises avec son avant-bras ? Quelle humiliation paie-t-il de sa chair ? Celle d'une femme sauvage que la compagnie des loups (ou des ours) charme davantage que celle des hommes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Act&#233;on aurait-il viol&#233; Diane s'il avait pu ? Ou bien, comme il est dit, sa mort survient-elle d'avoir surpris la d&#233;esse dans sa vuln&#233;rabilit&#233;, fascin&#233; par son corps d&#233;sarm&#233; dont on ne dit pas s'il &#233;tait, ou non, d&#233;sirant ? Le d&#233;sir f&#233;minin, grand absent de l'art (les Vierge Marie en p&#226;moison, &#231;a ne compte pas). Fl&#232;ches et carquois &#224; terre, Diane eut-elle honte au point de condamner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cariatides en pierre synth&#233;tique m'&#233;meuvent pour une autre raison. L'immeuble qu'elles font mine de soutenir est un logement social de la ville de Paris. Je me demande parfois comment s'est faite la transaction : qui a pass&#233; commande &#224; l'architecte Philippe Rebuffet, disparu en f&#233;vrier dernier ? Sur le Net, les hommages rendus &#224; l'artiste, c&#233;l&#233;br&#233; pour son talent, ses comp&#233;tences p&#233;dagogiques et son humilit&#233;, &#233;voque aussi l'admiration qu'il nourrissait pour Caillebotte, Manet, Courbet, Rembrandt, le Titien, Tintoret&#8230; Combien j'aimerais que mon immeuble, dont j'aime pourtant les briques rouges, l'harmonie des volumes, la fonctionnalit&#233; (qu'un d&#233;tail, comme le bow window du petit salon, suffit &#224; rendre plus que fonctionnel, et m&#234;me charmant) soit port&#233; par des cariatides ! Nous y gagnerions toi et moi en l&#233;g&#232;ret&#233;, non ? Partir stress&#233;.e au travail en saluant, ceinture du manteau nou&#233;e, le sort d'Act&#233;on, fig&#233; dans son d&#233;sir incompris. Rentrer crev&#233;.e entre chien et loup, et, avant de taper le code &#224; quatre touches, croiser d'un regard la douceur de Diane, ses courbes tendres, son sourire sans amertume. Bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie des travailleuses et des travailleurs &#233;tait-elle plus supportable du temps o&#249; les architectes catalans sculptaient des fleurs dans les coiffeuses ou des fruits dans la pierre ? Pas s&#251;r. Ni que les pierres s'en attendrissaient. Ni que les cariatides y changent quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment, les logements du passage Petit-Cerf ont &#233;t&#233; renov&#233;s, j'ai eu peur pour les sculptures mais elles sont toujours l&#224;, blanchies, un peu trop mais le temps fera l'affaire. La Nature rend d'ailleurs justice &#224; Diane, depuis quelques ann&#233;es, le feuillage d'un arbre la cache un peu mieux. La Nature est cl&#233;mente, celle des hommes un peu moins, bien que l'espoir demeure. Actuellement, une femme renverse la honte, l'impunit&#233; du mal ordinaire, &#224; visage d&#233;couvert : un si grand merci &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit-Cerf ? Le patronyme d'un propri&#233;taire local, assez puissant pour qu'une rue porte sa m&#233;moire, oubli&#233; depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 septembre 2024&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Nous promettons de combattre 13</title>
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		<dc:creator>Sarah Cillaire</dc:creator>


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&lt;p&gt;PRENDRE LES ARMES (suite) &lt;br class='autobr' /&gt; Ce soir-l&#224;, je m'arr&#234;te aux trois-quarts du premier cahier et glisse dans le sommeil, transport&#233;e par ce que je viens de lire. L'histoire de la Catalogne, de la guerre civile, &#233;troitement li&#233;e &#224; ma grand-m&#232;re, je ne l'ai jamais &#233;tudi&#233;e. La r&#233;volution &#8212; on sentait que quelcom de sublime se passait &#8212; s'incarne soudain dans une figure famili&#232;re que je peux investir puisqu'en partie &#8212; &#244; Narcisse bless&#233; &#8212; elle me constitue. Engagement politique, puissance de la lutte, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PRENDRE LES ARMES (suite)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir-l&#224;, je m'arr&#234;te aux trois-quarts du premier cahier et glisse dans le sommeil, transport&#233;e par ce que je viens de lire. L'histoire de la Catalogne, de la guerre civile, &#233;troitement li&#233;e &#224; ma grand-m&#232;re, je ne l'ai jamais &#233;tudi&#233;e. La r&#233;volution &#8212; &lt;i&gt;on sentait que quelcom de sublime se passait&lt;/i&gt; &#8212; s'incarne soudain dans une figure famili&#232;re que je peux investir puisqu'en partie &#8212; &#244; Narcisse bless&#233; &#8212; elle me constitue. Engagement politique, puissance de la lutte, ses m&#233;moires sont aux antipodes de la vision d&#233;faitiste que j'associe depuis longtemps &#224; ma m&#232;re. Pourquoi a-t-elle tenu les cahiers secrets ? Ils sont le point de fuite qui donne une perspective &#224; nos existences, mesure-t-elle leur valeur ? &lt;i&gt;Adeline, c'&#233;tait quelqu'un&lt;/i&gt;. Mon p&#232;re disait juste. Savoir qu'elle a combattu est une chose, lire sa parole, une parole qu'elle adresse est tout autre, impossible d'en rester l&#224;. Le lendemain, je parcours la suite &#224; la h&#226;te sans r&#233;ussir &#224; tout d&#233;chiffrer, le sens m'&#233;chappe peu importe, c'est l'&#233;motion qui domine, quand bien m&#234;me les faits remonteraient &#224; plus de soixante ans. Lointains mais intacts, une preuve de leur retentissement. Et ceci, qui m'interpelle : au moment o&#249; Adeline r&#233;dige ses m&#233;moires, elle n'est jamais revenue en Catalogne, le retour n'aura lieu qu'en 1975, apr&#232;s la mort de Franco. Le pays qu'elle d&#233;crit est donc celui de sa jeunesse, celui des luttes ouvri&#232;res des ann&#233;es 30 pour les droits sociaux, syndicaux, pour l'&#233;mancipation des femmes, celui de l'autonomie et de l'espoir libertaire arr&#234;t&#233;s en plein vol. Or cette Catalogne d&#233;voil&#233;e par d'incessants retours en arri&#232;re occupe les trois-quarts du r&#233;cit, comme si le temps depuis s'&#233;tait arr&#234;t&#233;, qu'il n'&#233;tait qu'une cons&#233;quence, &#233;tir&#233;e sur des d&#233;cennies, des &#233;v&#233;nements ayant men&#233; &#224; la guerre civile. Le pass&#233; prend toute la place. Avalanche de faits, de dates, de noms, &#233;chec de l'&#200;bre, trahison de l'Europe, Blum et son pacte de non-intervention, travers&#233;e de la fronti&#232;re pyr&#233;n&#233;enne jusqu'&#224; Bagn&#232;res-de-Bigorre, la premi&#232;re commune fran&#231;aise o&#249; la tr&#232;s jeune femme, apr&#232;s des jours sous les bombardements, sera parqu&#233;e dans un camp de r&#233;fugi&#233;s. &lt;i&gt;L&#233;gataire comme tant d'autres de la grande commotion.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est exactement &#231;a, conclut Olga s&#232;chement. Ma m&#232;re vivait dans le pass&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa naissance &#224; elle en juin 1945 n'appara&#238;t d'ailleurs que bri&#232;vement &#8212; presque un d&#233;tail &#8212; dans l'&#233;pop&#233;e d'Adeline :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Olga est n&#233;e. Oyez oyez ! La guerre se termine. A quoi bon discuter les choses d'ici ? Bient&#244;t nous reviendrons chez nous. Franco suivra dans la d&#233;b&#226;cle des r&#233;gimes fascistes. Nous avons un joli b&#233;b&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re a l'air contrari&#233;, oui, mais je ne m'attarde pas, tout &#224; ce qui me pr&#233;occupe &#8212; comment pr&#233;server le r&#233;cit ? Sur plusieurs pages, l'humidit&#233; a brouill&#233; des bouts de phrase ; sur d'autres, l'encre noire a d&#233;teint. Le risque d'effacement est r&#233;el. Je sugg&#232;re que nous transcrivions le contenu &#224; la main et pars en qu&#234;te de feuilles A4. J'ai d&#233;j&#224; en t&#234;te &#171; d'arranger &#187; par ce biais la langue de ma grand-m&#232;re. &lt;i&gt;C'&#233;tait le mois d'ao&#251;t 1971&lt;/i&gt; pourrait &#234;tre un livre, un &lt;i&gt;vrai&lt;/i&gt;, &#233;crit en bon fran&#231;ais. Cela se pressent dans la composition rigoureuse du texte qui alterne pass&#233; et pr&#233;sent, dialogues et narration. Adeline a beaucoup lu et la coh&#233;rence de l'ensemble, ind&#233;niable, m'impressionne. Ma m&#232;re s'av&#232;re sceptique : &#171; Il y a des catalanismes &#224; toutes les pages.
&lt;br /&gt;&#8212; On va les corriger !
&lt;br /&gt;&#8212; Et son style a un c&#244;t&#233; fleur bleue, tu ne trouves pas ?
&lt;br /&gt;&#8212; Au moment des faits, elle avait dix-huit ans.
&lt;br /&gt;&#8212; Elle en a plus de cinquante quand elle &#233;crit&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Comme toi aujourd'hui.
&lt;br /&gt;&#8212; Et cette fa&#231;on qu'elle a de se mettre toujours en avant&#8230; &lt;br /&gt;&#8212; C'est difficile d'&#233;crire. Essaie, tu verras ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme &#224; chacun de mes coups de griffe, Olga ne r&#233;pond pas, esquivant mes r&#233;actions abruptes, les reproches qu'encore je d&#233;gaine d&#232;s qu'elle me contredit. Ce soir-l&#224;, &#231;a ne rate pas : d&#233;&#231;ue par son manque d'enthousiasme, je d&#233;cide de sauver sans son aide les archives familiales et j'emporte avec moi, dans le train qui me ram&#232;ne &#224; Toulouse, les cahiers orange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les jours qui suivent, je me mets &#224; ma t&#226;che de copiste. L'id&#233;e de restaurer une parole, de b&#226;tir un livre continue de m'emballer. Au d&#233;part, je me contente de redresser les accents, d'accorder les verbes aux sujets, de faire concorder les temps. Le r&#233;cit doit pouvoir se lire ais&#233;ment, et je redouble de minutie, reprenant le trac&#233; pr&#233;cis qu'on acquiert au cours pr&#233;paratoire &#8212; anses aux [p], voile aux [l]. Au fur et &#224; mesure, je taille les paragraphes, norme la ponctuation, supprime les pass&#233;s simples que je juge trop &lt;i&gt;dix-neuvi&#232;me&lt;/i&gt; ainsi que les expressions inconnues, incompr&#233;hensibles, que je range sans h&#233;siter sous l'&#233;tiquette &#171; catalanismes &#187; &#8212; tout ce qui sonne bizarre. Prise au jeu de ces effets de gommage, j'apporte bient&#244;t des nuances, une interpr&#233;tation, substituant un mot &#224; un autre. En modelant une m&#233;moire qui n'est pas la mienne, j'ai m&#234;me le sentiment d'&#233;crire &#224; mon tour, de cartographier mon propre territoire. D'une pierre, deux coups. Ma retranscription avance vite. Je tiens l&#224; une revanche qui n'a pas grand-chose &#224; voir avec ma grand-m&#232;re, mais plus avec mon complexe de bonne &#233;l&#232;ve. La ma&#238;trise du fran&#231;ais a toujours &#233;t&#233; un atout, qu'il s'agisse d'inventer, sous le pr&#233;au du coll&#232;ge, les paroles d'&#233;ph&#233;m&#232;res groupes de musique ou de r&#233;diger le courrier du c&#339;ur des copines, de d&#233;crocher la fonction honorifique de d&#233;l&#233;gu&#233;e de classe ou de forcer l'estime des grandes gueules dont je corrigeais les r&#233;dactions et que je laissais copier sur moi, en dict&#233;e, par-dessus mon &#233;paule. Un savoir-faire &#224; ma port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je m'en revint a l'usine et dans les semaines qui suivirent je me suis inscrite de des curs d'infermi&#232;re. Le professeur, un &#233;tudiant en m&#233;decine qu'il avait du mal a finir ca carri&#232;re et qu'il continuait parce que son p&#232;re d&#233;boursait, nous endormait presque avec ses le&#231;ons d'anatomie&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Adeline, renvoy&#233;e du front o&#249; les femmes sont devenues encombrantes, accepte d'apprendre &#224; soigner les hommes. Infirmi&#232;re &#224; d&#233;faut de combattante. Et que je &lt;i&gt;francise&lt;/i&gt; en :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je suis donc revenue &#224; l'usine et dans les semaines qui ont suivi, je me suis inscrite &#224; des cours d'infirmi&#232;re. Le professeur, un &#233;tudiant en m&#233;decine qui avait du mal &#224; finir ses &#233;tudes mais qui continuait parce que son p&#232;re le finan&#231;ait, nous endormait avec ses le&#231;ons d'anatomie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Ca ou rien je ne perdais pas mon temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a ou rien, au moins, je ne perdais pas mon temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En attendant je me rendais compte que mes pulsions avaient nettement un penchant par la p&#233;dagogie, la literature surtout. Parce que&#8230; comment expliquer cette irr&#233;sistible d&#233;mangeaison d'&#233;crire ? Je disais &#171; mon journal &#187; mais c'&#233;tait pas vrai&#8230; J'inventais, j'imaginais. Ceux qui parlaient c'&#233;tait d'autres qui passaient par moi, mais c'etait pas moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant, je me rendais compte que j'avais vraiment un penchant pour la p&#233;dagogie, la litt&#233;rature surtout. Parce que&#8230; Comment expliquer ce terrible besoin d'&#233;crire ? Je disais &#171; mon journal &#187; mais ce n'&#233;tait pas vrai&#8230; J'inventais, j'imaginais. Les personnages qui vivaient &#224; travers moi parlaient, mais ce n'&#233;tait pas moi qui parlais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qui est-ce qui ne doit pas avoir des fantasies ? me demandais-je.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui n'a pas ses fantaisies ? me rassurais-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais, pas s&#251;rement le m&#234;me penchant de les &#233;crire, des passer des heures pour les graver noir sur blanc. J'avais l'assaut de mes aspirations et je ne trouvais mon repos qui je les avaient exprim&#233;es. Tout cela tr&#232;s confus, parce que j'avais la honte, ou la modestie, de ne pas &#234;tre prise au s&#233;rieux, qu'on se moque de mes pretensions.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais s&#251;rement pas ce go&#251;t de l'&#233;criture, de passer ainsi des heures &#224; graver des mots noir sur blanc. L'inspiration me prenait d'assaut et je n'avais de cesse que je n'aie exprim&#233; ce qui me venait &#224; l'esprit. Tout cela restait confus parce que je ressentais comme une fausse honte, la peur de ne pas &#234;tre prise au s&#233;rieux et qu'on se moque de mes pr&#233;tentions.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La honte que ma grand-m&#232;re trouve &#224; &#233;crire par peur qu'on se moque d'elle a rejailli sur moi, mais c'est une honte diff&#233;rente, celle de ses fautes, laquelle me fait effacer son r&#233;cit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux deux tiers du premier cahier, j'interromps finalement ma lanc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma pr&#233;somption me saute aux yeux. La version que j'ai tir&#233;e du journal est plate, comme blanchie, sa langue pareille &#224; celle qu'on trouve dans certains livres mal traduits, que l'auteur soit chilien, turc ou japonais. Un fran&#231;ais standard, appauvri. La mati&#232;re de la r&#233;&#233;criture est la m&#234;me, j'en ai juste extrait le sel. Je n'ai pas rendu audible la voix d'Adeline, qui est aussi celle de mon enfance, je l'ai fait dispara&#238;tre. &#171; Mon &#187; r&#233;cit n'est plus qu'une id&#233;e : l'id&#233;e de la Catalogne, l'id&#233;e de la guerre d'Espagne, l'id&#233;e de ma grand-m&#232;re, et je sais d&#233;j&#224; que je n'aurai aucun plaisir &#224; relire mes A4 : le sens que j'ai voulu restaurer, &#224; lui seul, dit bien moins que la langue &#8212; cette constatation frappe aussit&#244;t ma d&#233;marche de nullit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;ception co&#239;ncide avec une autre, la fin des repr&#233;sentations des &lt;i&gt;D&#233;mons&lt;/i&gt;. Lors des derni&#232;res, affichant complet, les minutes d'applaudissements &#233;taient si galvanisantes, un &#233;tat de gr&#226;ce, que l'arr&#234;t de l'aventure me percute. D&#233;gris&#233;e brutalement, et triste : tout le monde a d&#233;j&#224; un engagement ailleurs, on se dit &lt;i&gt;&#224; bient&#244;t&lt;/i&gt; pour ne pas dire autre chose dans cette famille de th&#233;&#226;tre qui, du jour au lendemain, perd sa raison d'&#234;tre &#8211; les liens se desserreraient plus vite qu'ils ne se nouent ? Je n'ai rien anticip&#233;. Seul le metteur en sc&#232;ne reste dans le paysage, je pourrais peut-&#234;tre jouer dans sa prochaine cr&#233;ation, &lt;i&gt;Aye Carmela&lt;/i&gt;, une pi&#232;ce catalane justement, dont l'action se d&#233;roule durant la guerre civile. Je lui ai en effet parl&#233; des cahiers de ma grand-m&#232;re et m&#234;me, rougissant, de mes aspirations (Rimbaud, etc.) qu'il a balay&#233;es d'un haussement d'&#233;paules. &lt;i&gt;Lis plut&#244;t C&#233;line&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i&gt;Guignol's band&lt;/i&gt; son pr&#233;f&#233;r&#233; &#8211; &lt;i&gt;ou Henry Miller&lt;/i&gt;. Je commence donc &lt;i&gt;Sexus&lt;/i&gt; en m'identifiant, comme toujours, au narrateur, sc&#232;nes de sexe comprises. &#201;trange dissonance cognitive, par le biais de la lecture mais sans phallus, que ces&lt;i&gt; &#233;rections turgescente&lt;/i&gt;s devant des &lt;i&gt;croupes&lt;/i&gt; f&#233;minines &#8211; est-ce un probl&#232;me de traduction ? le mot &lt;i&gt;croupe&lt;/i&gt; revient souvent. Sentiment d'incongruit&#233; l&#224; encore le jour o&#249;, de passage inopin&#233; au T1bis, le metteur en sc&#232;ne soudain nu devant moi, me parle d'amour. L'&#233;rection en revanche ne viendra pas et je suis g&#234;n&#233;e pour lui quand, tandis qu'il se rhabille dans un mouvement de col&#232;re, le grotesque de la situation m'appara&#238;t. Peine pour le gamin vex&#233; &#8211; pour la gamine aucune. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me demande d'ailleurs avec s&#233;rieux, quelque temps, si cet amour est possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'alternative, ou la fuite, &#233;merge un matin de mars, frapp&#233;e d'&#233;vidence : passer le baccalaur&#233;at ! Il est encore possible de viser la session de septembre en candidat libre. Si j'obtiens mon dipl&#244;me, je m'inscrirai en lettres &#224; la facult&#233; du Mirail. Ce d&#233;sir d'&#233;tudier, je le dois aux m&#233;moires d'Adeline, un levier salutaire, je veux faire honneur &#224; cette grand-m&#232;re qui r&#234;vait d'entrer &#224; l'universit&#233;, r&#233;parer une injustice en quelque sorte. L'abandon du lyc&#233;e deux ans plus t&#244;t &#233;tait un caprice &#8212; la r&#233;volte facile d'une fille de profs. En claquant la porte de l'&#233;cole r&#233;publicaine, j'ai crach&#233; dans la soupe. Fini les cahiers bourr&#233;s de tournures poussives et de pens&#233;es tortueuses. Je n'ai rien &#224; &#233;crire : forc&#233;ment, je n'ai rien v&#233;cu. Je dois rectifier le tir et, faute d'avoir de suite un propos, acqu&#233;rir des techniques narratives. Aussit&#244;t dit, aussit&#244;t fait. Afin d'&#233;conomiser l'argent gagn&#233; au th&#233;&#226;tre, je d&#233;cide de quitter mon studio de centre-ville pour une chambre de bonne vers le pont Saint-Pierre. Mobilis&#233;e par cette nouvelle id&#233;e fixe, bien plus accessible finalement que celle d'&lt;i&gt;&#233;crire&lt;/i&gt;, je mets les bouch&#233;es doubles, r&#233;sumant sur des feuilles Bristol l'ensemble du programme de terminale 1994/1995, de &lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Cahier d'un retour au pays natal&lt;/i&gt;, en passant par les d&#233;clinaisons allemandes et anglaises, les deux guerres mondiales, les cartes de g&#233;ographie&#8230; Dans l'espoir de gagner des points et sans doute aussi pour me rapprocher un peu plus d'une grand-m&#232;re &#233;rig&#233;e en mod&#232;le, j'ai pris catalan en option. Ma m&#232;re me soutient, soulag&#233;e de me voir sur le chemin de la rescolarisation. Elle m'ach&#232;te des annales, s'enquiert des progressions. Durant l'&#233;t&#233;, j'appelle Johanna en renfort, laquelle accepte de me faire avaler au pas de course les principales notions de philosophie, du mythe de la caverne &#224; l'esth&#233;tique chez Kant. Pour l'heure, nous sommes &#224; la veille de la premi&#232;re &#233;preuve. Assise dans l'herbe de la Prairie des filtres face &#224; la Garonne qui miroite, je suis en train de stabiloter des synth&#232;ses d'Histoire. La lumi&#232;re de fin de journ&#233;e vient par intermittence m'&#233;blouir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Nous promettons de combattre 12</title>
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		<description>
&lt;p&gt;PRENDRE LES ARMES &lt;br class='autobr' /&gt;
4 ao&#251;t 1971 La cloche sonne&#8230; Toutes s'avancen vers la maison. Une malade me fait signe. Elle est une compagne de table. Nous sommes quatre a chaque table. Le sujet de midi, &#231;a a &#233;t&#233;, le plus, la qualit&#233; du repas. Ce sera toujours ainsi ? Je ne le souhaite pas. J'esp&#232;re qu'elles auront d'autres &#171; tr&#233;sors &#187; de conversation. Moi je trouve que j'ai bien mang&#233;. Et&#8230; s'asseoir, etre servie, c'est la gloire. J'esp&#232;re qu'elles ne seront pas penibles a raconter son &#171; cas &#187; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PRENDRE LES ARMES &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;4 ao&#251;t 1971&lt;br class='autobr' /&gt;
La cloche sonne&#8230; Toutes s'avancen vers la maison. Une malade me fait signe. Elle est une compagne de table. Nous sommes quatre a chaque table. Le sujet de midi, &#231;a a &#233;t&#233;, le plus, la qualit&#233; du repas. Ce sera toujours ainsi ? Je ne le souhaite pas. J'esp&#232;re qu'elles auront d'autres &#171; tr&#233;sors &#187; de conversation. Moi je trouve que j'ai bien mang&#233;. Et&#8230; s'asseoir, etre servie, c'est la gloire. J'esp&#232;re qu'elles ne seront pas penibles a raconter son &#171; cas &#187; de maladie. Dans ces &#233;tablissements, on s'honore d'&#234;tre plus malade que les autres. Et moi, quel effet je leur ai fait ? Il y en a une qu'elle m'a dit que derri&#232;re mes lunettes fonc&#233;es, on voyait pas ce que je pouvais penser. S&#251;r que je lui d&#233;plais ! Ca arrive&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re, je la retrouve d&#232;s les premi&#232;res phrases &#224; sa fa&#231;on d'observer les choses avec ironie. L'&#233;criture est fine, orn&#233;e de majuscules d&#233;li&#233;es comme des arabesques, trac&#233;es par sa main vigoureuse &#8212; je l'ai souvent vue tourner des pages, battre des &#339;ufs, faire du crochet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ses m&#233;moires prennent la forme d'un journal de convalescence, r&#233;dig&#233; entre le 4 ao&#251;t et le 8 septembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis son op&#233;ration &#224; c&#339;ur ouvert, Adeline part chaque ann&#233;e se reposer au Blancat, un &#233;tablissement de la banlieue de Pau. Elle y re&#231;oit la visite r&#233;guli&#232;re de Joan, un ami de jeunesse grandi comme elle &#224; Rub&#237;, install&#233; dans le B&#233;arn. Plusieurs jalons les relient, de leur condition ouvri&#232;re &#224; la lutte r&#233;publicaine, jusqu'&#224; l'exil en France. Trajectoire commune et, pour Joan, un amour que le temps n'a pas amoindri, rendu m&#234;me plus ardent par la nostalgie. Tandis que la plupart des patients font la sieste ou regardent la t&#233;l&#233;vision, ils vont s'asseoir sur un banc ombrag&#233; pour parler du pass&#233;, Adeline surtout qui, depuis toujours, a le don de raconter. Face aux all&#233;es du parc o&#249; cheminent quelques rares malades en promenade, elle revient sur les &#233;v&#233;nements qui ont men&#233; &#224; la guerre civile puis, de retour dans sa chambre, entreprend de retranscrire leur conversation. Les souvenirs remontent alors &#224; la surface pour &#233;clore les uns &#224; la suite des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'application manuscrite d'Adeline tranche avec sa langue o&#249; le catalan se devine en palimpseste, qu'il s'agisse de la d&#233;couverte pr&#233;coce de &lt;i&gt;l'anarquisme&lt;/i&gt; ou de la guerre, longue de trois &lt;i&gt;anys&lt;/i&gt;. Sans parler des fautes de syntaxe et d'orthographe qui, &#233;tonnamment, ne g&#234;nent pas trop la compr&#233;hension. D'entre les lignes jaillissent parfois des mots non traduits, la plupart noms de lieux ou de partis politiques. L'histoire de cette femme qui a marqu&#233; les m&#233;moires commence &#224; Xerta, au Sud de la Catalogne, un village pauvre de la province de Tarragona. Les gens y vivent pr&#232;s de l'&#200;bre, &#224; la merci du climat &#8212; des champs d'olives, une fabrique de &lt;i&gt;turr&#243;ns&lt;/i&gt; et la p&#234;che, quelques semaines par an, qui am&#233;liore l'ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole ? Est-ce qu'une fille en avait besoin ? C'&#233;tait d&#233;j&#224; un luxe pour un gar&#231;on. Quelques familles pauvres arrivaient avec tous les efforts possibles et imaginables &#224; envoy&#233; les fils apr&#232;s le ramassage des olives. Et quelle gloire et ostentation s'ils en sortaient avec de l'instruction qui se r&#233;sumait a savoir lire et &#233;crire (ne vous efforcez pas de savoir a combien de fautes d'orthographes et autant plus de sintaxe). Savoir les quatre op&#233;rations c'&#233;tait d&#233;j&#224; un prodige. Diviser par deux chiffres une apoteose. Les nombres d&#233;cimaux &#233;taient reserv&#233;s aux gens de carri&#232;re comme l'algebre, la regle de trois etc. etc.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les Mart&#237; tirent leurs revenus d'une petite exploitation d'oliviers. Adeline a deux fr&#232;res a&#238;n&#233;s, Jaume et Martin, trois s&#339;urs, Mercedes, Dolores et Teresina. En tant que cinqui&#232;me, elle a &#233;chapp&#233; au statut de petite derni&#232;re tout en profitant de l'exp&#233;rience des grands. Les six sont &#233;lev&#233;s &#224; la dure par une m&#232;re inflexible.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Si on s'&#233;coute, disait ma m&#232;re, notre machine a toujours des d&#233;faillances. Ma m&#232;re ! Elle m'est rest&#233;e toujours suspendue entre hypoth&#232;ses et suppositions. Elle se passait des tendresses et n'en prodiguait pas non plus. Les enfants qui &#233;taient destin&#233;s &#224; l'avoir pour m&#232;re, sans les d&#233;sirer, probablement, furent toujours un poids. Seule exception, l'a&#238;n&#233;, Jaume. C'&#233;tait la loi du phalocratisme.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine arriv&#233;e &#224; hauteur de l'&#233;vier, la m&#232;re s'est fait embaucher comme bonne &#224; tout faire chez un notaire. &lt;i&gt;C'&#233;tait les gros travaux. Agenouill&#233;e par terre, et je te frotte les briques rouges avec de l'eau chloridrique&#8230;&lt;/i&gt; Heureusement, le mariage la sauve du statut de domestique &#8212; &lt;i&gt;on saute le feu pour tomber sur des braises, mais du moins on est ma&#238;tresse chez soi&lt;/i&gt;, cingle Adeline. La vie des Mart&#237; change au d&#233;but des ann&#233;es 20 gr&#226;ce &#224; Pepe, l'oncle paternel, qui a &#233;pous&#233; une&lt;i&gt; rubinenca&lt;/i&gt;, autrement dit une fille de Rub&#237;, une petite ville situ&#233;e &#224; l'ouest de Barcelone, en plein essor industriel. La belle-famille poss&#232;de un atelier-boutique d'espadrilles et l'oncle occupe d&#233;sormais une bonne situation. Le p&#232;re d'Adeline voit l&#224; l'occasion de s'enrichir, aussi les Mart&#237; d&#233;barquent-ils un matin avec charrette, malles et matelas ficel&#233;s. La r&#233;ception sera glaciale, la &lt;i&gt;rubinenca&lt;/i&gt; battant froid ces paysans surgis sans &#233;gards qui fuient la campagne pour l'eldorado des usines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fait rare pour l'&#233;poque, Rub&#237; dispose d'une &#233;cole moderne construite selon les id&#233;es d'un m&#233;c&#232;ne progressiste pour qui chaque enfant doit recevoir une instruction. L'homme a vu les choses en grand : un vaste hall, des classes bien meubl&#233;es, une salle de musique et un parc am&#233;nag&#233;. Il y a m&#234;me, luxe inou&#239;, le chauffage central. &lt;i&gt;C'&#233;tait inconnu pour nous, nous en pleurions le plaisir en arrivant a nos maisons pleines de courant d'air o&#249; avec nos chemin&#233;es et nos braseros nous nous broulions devant et gelions par derri&#232;re.&lt;/i&gt; L'&#233;tablissement est gratuit, une aubaine pour les enfants d'ouvriers, m&#234;me s'ils usent leur uniforme jusqu'&#224; la corde et ne peuvent acheter l'ensemble des manuels, contrairement aux fils de bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et nous y sommes a notre lutte de classes. Les enfants de commer&#231;ants o des gens aises ne faisait pas des histoires ni des difficult&#233;s pour acheter livres, cahiers, crayons en couleur etc. Mais ma m&#232;re et, d'autres m&#232;res, c'&#233;tait leur arracher une c&#244;te que de leur demander de l'argent ! Et, encore l'&#233;cole &#233;tait d&#233;mocratique, ben oui, mais qui est-ce qui portaient des cadeaux aux maitres ? Qui portait toujours les uniformes en bon &#233;tat ?&#8230; Ces privil&#232;ges se convertissait aux yeux de nos enseignants d'&#234;tre plus patients, de considerer mieux les riches, de nous faire sentir qu'ils &#233;taient&#8230; et oui, plus intelligents.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les enfants d'ouvriers sont aussi sortis de l'&#233;cole &#224; douze ou treize ans pour travailler &#224; l'usine, malgr&#233; l'absence de cadre l&#233;gal. &#192; chaque visite de l'inspecteur, les plus jeunes doivent se cacher derri&#232;re les piles de coton.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il faut conna&#238;tre une usine de tissage. Le tonnerre de bruit que cela fait, les machines avec le ZAS continu des courroies, le coup brusque du garrot qui pousse la navette, le CATROC-CATROC de l'arbre et le ZAP ZAP des peignes.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais trois handicaps : la position debout pendant neuf dix heures m'&#233;tais tr&#232;s penible. Comme les autres se plaignaient aussi de la fatigue et personne m'avait examin&#233; les pieds je n'ai su que beaucoup plus tard que j'avais les pieds plats. 2 &#8211; Vers la soir&#233;e, surtout avec les lumi&#232;res mes yeux me piquaient, je voyais difficilement les trous des peignes. La medecine pr&#233;ventive n'existant pas, il a fallut longtemps a mes parents d'accepter d'aller voir un ophtalmo&#8230; Resultat j'&#233;tais strabique. 3 &#8211; Mon c&#339;ur par moments palpitait vite, vite. Je devenais p&#226;le. Je maigrissais. C'est la croissance, la venue des regles, deduisaient ma m&#232;re et mon p&#232;re. Aller chez le docteur coutait de l'argent, en plus que ceux-l&#224; ils ont et avaient la manie de faire passer chez le pharmacien.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mercedes, la s&#339;ur a&#238;n&#233;e, prend un jour &#224; sa charge d'amener Adeline chez un m&#233;decin, lequel diagnostique une maladie cardiaque due &#224; des rhumatismes articulaires non soign&#233;s. L'adolescente doit se m&#233;nager, pr&#233;conise-t-il, &#233;viter tous efforts inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ma s&#339;ur, doctoral, repete les mots du medecin a ma m&#232;re. Elle &#233;tait en train d'effiler les haricots vers. Elle les casse plus vite, d'un crac nerveux. Quelles sont ses inquietudes. Elle reste un instant sans rien dire. Enfin elle va s'alarmer, devenir maternelle, elle aura un mot tendre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bon ! Il faudra voir ce que tu ne dois pas faire pour ne pas te fatiguer. Tout d'abord, n&#233;anmoins, aller faire des marches et ascensions de montagnes n'y pense plus, c'est fini. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait clair pour elle, pour le travail nous verrions. Pour les excursions le veto net et clair. Alors j'ai d&#233;cid&#233; de ne pas me plaindre au travail, de supporter mon c&#339;ur et d'entrer en relation avec lui par une esp&#232;ce de contrat d'entente.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au printemps 1931. La gauche espagnole vient de remporter les &#233;lections municipales et le roi Alphonse XIII a pr&#233;f&#233;r&#233; s'exiler. Manuel Aza&#241;a, le chef de l'opposition r&#233;publicaine, doit annoncer d'une minute &#224; l'autre depuis Madrid la cr&#233;ation de la Seconde R&#233;publique d'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Bien sur les luttes contre l'esclavage, l'exploitation ouvri&#232;re, les luttes sociales, nous en entendions parl&#233;. Qui plus, qui moins on retenait des &#233;pisodes, des racontars. Toute autre chose c'&#233;tait commencer a vivre dans son entourage une certaine tension. Les journaux qu'on se passe de main en main&#8230; de l'empressement de quelques hommes pour souper et aller au caf&#233; a la recherche des nouvelles, a l'&#233;coute de quelque orateur de fortune qui en sait un peu plus long sur les &#233;v&#233;nements et les r&#233;sultats de je ne sais quelles elecions.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone aussi, le moment est solennel : Francesc Maci&#224; qui dirige la &lt;i&gt;Esquerra Republicana de Catalunya&lt;/i&gt; d&#233;cide de pr&#233;c&#233;der d'une heure le discours d'Aza&#241;a pour proclamer la R&#233;publique catalane comme &#233;tat int&#233;gr&#233; &#224; la f&#233;d&#233;ration ib&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; qu'en fin d'une apr&#232;s midi tout s'agite. On entend courir, s'appeller, crier : L'av&#232;nement de la Republique ! Nous avons la Republique ! Les gens se passent les mots, s'appellent dans les cours. Se changent en vitesse leurs habits. Se mettent propres et sortent dans la rue. Une consigne, se trouver tous &#224; la place de la Mairie. C'est comme des torrents. Des gens qui d&#233;bouchent par les ruelles, par les rues, gagnent la grande avenue. C'est une fourmili&#232;re qui rempli cette place, les yeux tous leves vers le balcon de &#171; l'Alcadia &#187; [&#8230;] La R&#233;publique, c'&#233;tait la porte ouverte aux transformations, le droit du peuple a la parole et aux d&#233;cisions. Ces mots nous produisaient un impact inefacable. Nous donnaient une valeur, un droit a la participation de nos droits et de nos devoirs. On sentait que quelcom de sublime se passait. Dans ce cri unanime de Vive la R&#233;publique fermentait un grand espoir collectif, prometeur. C'&#233;tait impressionnant, magnanime, incomparable. Les levres tremblaient.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Adeline a treize ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Il me semble qu'&#224; partir de ce moment&lt;/i&gt;, &#233;crit-elle, &lt;i&gt;je laissais d'&#234;tre enfant&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la pression de Madrid, Maci&#224; &#233;change finalement le projet de r&#233;publique catalane contre un pouvoir politique ind&#233;pendant, &lt;i&gt;la Generalitat&lt;/i&gt;, et un statut d'autonomie. L'heure est au progr&#232;s social. Le secteur &#233;conomique, les institutions culturelles sont les priorit&#233;s. &#192; mesure que la Catalogne poursuit son &#233;volution, la conscience politique d'Adeline s'aiguise. Gr&#226;ce &#224; ses fr&#232;res, Jaume, bient&#244;t &#233;lu conseiller municipal, et Martin, fervent militant communiste, les livres sont depuis longtemps entr&#233;s dans la maison. On lit Kropotkine, Tolsto&#239;, Elis&#233;e Reclus, mais aussi Blasco Iba&#241;ez, Zola, Dosto&#239;evski, Machado, tous recens&#233;s par&lt;i&gt; La Revista blanca&lt;/i&gt;, une revue libertaire &#233;dit&#233;e &#224; Barcelone qui diffuse la pens&#233;e anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J'avais le go&#251;t de la lecture. Ca aide&#8230; Ma m&#232;re ne voulait pas qu'on lise au lit. Economie de lumi&#232;re et parce qu'on devait &#234;tre en forme pour travailler. Qu'&#224; cela ne tienne : nous mettions du linge au-dessous de la porte, au trou de la serrure. Et surtout, cacher nos livres. Je l'ai d&#233;j&#224; dit : Kropotkine, Bakunine, Nietszche, Tolsto&#239; &#233;taient nos ap&#244;tres. Mais&#8230; on ne les comprenait pas toujours, peu pr&#233;par&#233;s a la philosophie, a la dialectique. Je me rappelle &#171; Les ruines de Palmyre &#187;, &#171; La montagne magique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La vie se met &#224; changer. &lt;br class='autobr' /&gt;
On d&#233;croche les portraits de roi dans les &#233;coles, l'enseignement biblique fait place &#224; la g&#233;ologie. Les jeunes gens troquent bals et cin&#233;ma contre des excursions en montagne durant lesquelles, l'espoir naissant, on improvise des d&#233;bats sur le syndicalisme, l'obscurantisme religieux, la libert&#233;. Le mot d'ordre est s'instruire, chercher co&#251;te que co&#251;te &#224; s'&#233;lever. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;lan sera vite frein&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux &#233;lections de 1933, le centre-droit triomphe, provoquant gr&#232;ves et mouvements insurrectionnels &#224; Madrid, Valence, Cadix&#8230; En octobre 1934, tandis que la r&#233;volution ouvri&#232;re des Asturies s'ach&#232;ve sous une r&#233;pression sanglante, un immense cort&#232;ge d&#233;file &#224; Barcelone, de La Rambla &#224; la place Sant Jaume. La foule implore Llu&#237;s Companys, successeur de Maci&#224; &#224; la &lt;i&gt;Generalitat&lt;/i&gt;, de proclamer l'&#201;tat catalan. La tentative &#233;choue. L'&#201;tat catalan de la r&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Espagne n'aura dur&#233; que quelques heures. Les membres du gouvernement sont arr&#234;t&#233;s, Companys lui-m&#234;me condamn&#233; &#224; trente ans de r&#233;clusion.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1934 &#224; 1935, durant &lt;i&gt;il bienio negre &lt;/i&gt; (les ann&#233;es noires), la gauche se remet en mouvement et sort de la clandestinit&#233;. Au sein des usines, les syndicats interviennent de plus en plus et les relations se tendent avec le patronat. Dans celle qui emploie Adeline, une gr&#232;ve vient justement d'&#234;tre approuv&#233;e. Sermonn&#233;es par le patron, la plupart des employ&#233;es craignent de s'interrompre, c'est alors qu'Adeline, dix-sept ans, prend la parole :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Comment ? &#8211; je me sens quelqu'un &#8211; est-ce que vous n'&#234;tes pas nombreuses a vous plaindre des conditions de travail ? Et maintenant vous reviendrez en arri&#232;re ? &#187; J'avais fait sensation. Des acclamations, des cris. J'allais le payer. Le patron pour la moindre chose, pour le plus petit d&#233;faut dans les pi&#232;ces tiss&#233;es, m'appellait. C'&#233;tait assez vexant davant tout le monde de l'arri&#232;re bureau, pi&#232;ce ou on r&#233;visait avant l'expedition. Il m'annon&#231;ait que la prochaine fois je serais mise a la porte. Ainsi il en fut. Des larmes de rage. Il se debarrassait d'une future delegu&#233; sindical. Ma m&#232;re ne le voyait pas de cet &#339;il. J'avais qu'&#224; bien travaill&#233;, c'&#233;tait l'orgueil qu'on devait toujours avoir.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de son renvoi, Adeline part tenter sa chance &#224; Terrassa, autre ville industrielle de la banlieue de Barcelone o&#249; sa s&#339;ur Mercedes, mari&#233;e depuis peu, accepte de l'h&#233;berger. C'est l&#224; qu'elle fait la connaissance de Claud&#237;, mon futur grand-p&#232;re. Vingt-cinq ans, bon joueur de foot, &#233;l&#233;gant, observateur. &lt;i&gt;Il cultivait le myst&#232;re pour cacher son ignorance&lt;/i&gt;, r&#233;sumera plus tard Adeline.&lt;br class='autobr' /&gt;
En f&#233;vrier 1936, les &#233;lections voient la victoire &#233;clatante du &lt;i&gt;Frente Popular&lt;/i&gt;, en Espagne comme en Catalogne. Tout juste lib&#233;r&#233; de prison, Llu&#237;s Companys reprend la pr&#233;sidence et fait avancer le programme de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait trop pour nos militaires, pour la droite, pour le clerg&#233;. On sentait venir la menace. Le gouvernement pris dans ses contradictions ne voulait accepter l'offre de vigilance des organisations. La CNT anarchisante lui faisait peur aussi&#8230; Et&#8230; cela &#233;clata. Le 18 juillet des g&#233;n&#233;raux organis&#233;s donnerent le coup. La subversion declar&#233;e avec toute son ampleur. A ce moment-la le gouvernement dut accepter d'&#234;tre aid&#233; par le peuple qui, dans les premiers jours les arreta a Catalogne, a Madrid, aux provinces basques&#8230; Combien des morts, combien de mis&#232;re, de drames a partir de ce moment !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup, Adeline s'est ru&#233;e dans les bureaux de la CNT pour rejoindre les rangs des miliciennes et combattre l'arm&#233;e franquiste. Elle vient tout juste d'avoir dix-huit ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nous promettons de combattre 11</title>
		<link>https://www.cosidor.net/ecriture/article/nous-promettons-de-combattre-11</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cosidor.net/ecriture/article/nous-promettons-de-combattre-11</guid>
		<dc:date>2024-06-10T08:16:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Cillaire</dc:creator>


		<dc:subject>archive</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; EIN FREUNDLICHER ZIMMER &#187; (suite) &lt;br class='autobr' /&gt;
Verlaine est arriv&#233; ici l'autre jour, un chapelet aux pinces&#8230; Trois heures apr&#232;s on avait reni&#233; son dieu et fait saigner les 98 plaies de N.S. Il est rest&#233; deux jours et demi fort raisonnable et sur ma remonstration s'en est retourn&#233; &#224; Paris, pour, de suite, aller finir d'&#233;tudier l&#224;-bas dans l'&#238;le. Je n'ai plus qu'une semaine de Wagner et je regrette cette argent payant de la haine, tout ce temps foutu &#224; rien. Le 15 j'aurai une Ein freundliches Zimmer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; EIN FREUNDLICHER ZIMMER &#187; (suite)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Verlaine est arriv&#233; ici l'autre jour, un chapelet aux pinces&#8230; Trois heures apr&#232;s on avait reni&#233; son dieu et fait saigner les 98 plaies de N.S. Il est rest&#233; deux jours et demi fort raisonnable et sur ma remonstration s'en est retourn&#233; &#224; Paris, pour, de suite, aller finir d'&#233;tudier l&#224;-bas dans l'&#238;le.&lt;br class='autobr' /&gt; Je n'ai plus qu'une semaine de Wagner et je regrette cette argent payant de la haine, tout ce temps foutu &#224; rien. Le 15 j'aurai une Ein freundliches Zimmer n'importe o&#249;, et je fouaille la langue avec fr&#233;n&#233;sie, tant et tant que j'aurai fini dans deux mois au plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout est assez inf&#233;rieur ici, j'exc&#232;pe un : Riessling, dont j'en vite un ferre en v&#226;ce des godeaux qui l'onh fu na&#238;dre, &#224; ta sant&#233; imperb&#233;dueuse. Il soleille et g&#232;le, c'est tannant.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Apr&#232;s le 15, Poste restante Stuttgart.)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; toi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rimb.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bouquin dans la main gauche, fourchette dans la droite, je relis pour la &#233;ni&#232;me fois la correspondance de Rimbaud, parmi laquelle cette lettre de 1875 adress&#233;e &#224; Delahaye avant son voyage vers l'Allemagne. Le serveur d&#233;pose une carafe d'eau sur la nappe &#233;paisse. &#192; la table voisine, un homme me regarde depuis un moment, un sourire amus&#233; aux l&#232;vres. Cheveux boucl&#233;s teint mat, une montre voyante au poignet. Au caf&#233;, il se d&#233;cide &#224; entamer la conversation. Lui non plus n'est pas d'ici. &#171; Pas touriste pour autant, non. &#187; Professeur de math&#233;matiques exil&#233; de son Narbonne natal, mut&#233; en Alsace pour son premier poste. Le Sud lui manque, il se sent isol&#233; &#224; Strasbourg. &#171; Un peu trop bronz&#233;, je crois ! &#187; r&#233;sume-t-il en riant. Je raconte &#224; mon tour d'o&#249; je viens, fabulant une propension &#224; voyager seule, auto-stop sac &#224; dos. &#171; Tu es mineure ? &#8212; J'ai pass&#233; mon bac l'an dernier. &#187; Il para&#238;t soulag&#233;. &#171; Mes parents sont enseignants &#187;, je pr&#233;cise. &#171; J'aime la litt&#233;rature moi aussi, dit-il apr&#232;s avoir lorgn&#233; mon Rimbaud. Puis, ironique : &#171; En &#171; non-sp&#233;cialiste &#187; bien s&#251;r &#187;. Nous r&#233;glons chacun l'addition. &#171; Tu ne connais pas le quartier de la Petite France ? &#187; Bient&#244;t nous d&#233;ambulons c&#244;te &#224; c&#244;te sur la Grande &#206;le, parmi les canaux et les maisons &#224; colombages, lui le Narbonnais alsacien malgr&#233; lui, moi l'aventuri&#232;re d&#233;j&#224; rapatri&#233;e. Il m'explique la dimension po&#233;tique que rev&#234;tent &#224; ses yeux les math&#233;matiques : parmi la multitude de symboles, on ne trouve de correspondances que par l'observation. &#171; Mais pour &#231;a, pr&#233;cise-t-il soudain s&#233;rieux, il faut savoir l&#226;cher prise, sortir des protocoles, chercher &#224; voir ce qui n'est pas visible. Ce que faisait ton Rimbaud, non ? &#187; Quand il me raccompagne &#224; l'h&#244;tel, il n'est pas encore minuit. Nous &#233;changeons nos num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone sur des morceaux de papier. &#171; On se croisera peut-&#234;tre cet &#233;t&#233; ? Fais signe si tu passes &#224; Narbonne, je peux t'h&#233;berger &#187;, et il dispara&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, je quitte Strasbourg &#224; pied, longeant d&#232;s la sortie de la ville de grands axes routiers. J'ai achet&#233; chez un traiteur asiatique, en pr&#233;vision, des g&#226;teaux &#224; la cr&#232;me de coco. La cl&#233;mence de la veille semble loin ; de nouveau, je ne sais pas du tout o&#249; aller. Un chauffeur poids lourds me prend en stop et accepte de me d&#233;poser &#224; l'entr&#233;e de Colmar. Je marche encore longtemps, au hasard, tombant finalement sur la gare o&#249; une employ&#233;e m'informe qu'aucun train ne circule plus. D&#233;cid&#233;e &#224; passer la nuit dans le hall, je m'assoupis. &#171; La gare va fermer, me r&#233;veille l'employ&#233;e depuis son guichet, vous ne pouvez pas rester. &#187; Le soir est tomb&#233; quand je quitte le b&#226;timent, circonvoluant au hasard, revenant sur mes pas, veillant &#224; ne pas trop m'&#233;loigner car la gare, a-t-elle pr&#233;cis&#233;, ouvre ses portes &#224; cinq heures. Tout &#224; coup, l'impression qu'une voiture me suit. Je tourne dans une rue, la voiture aussi, tourne encore, la voiture derri&#232;re moi, anormalement lente. J'acc&#233;l&#232;re le pas, prends plusieurs virages, une rue puis une autre avant de m'engouffrer dans une entr&#233;e d'immeuble. Derri&#232;re la porte vitr&#233;e, assise sur les marches en marbre qui m&#232;nent aux interphones, j'attends. Blottie contre un mur. Une lumi&#232;re de phares passe, une deuxi&#232;me, une troisi&#232;me. Mon c&#339;ur bat. J'ai peur. Puis rien. Aucun bruit. Recroquevill&#233;e sur le sol froid, je ne fermerai pas l'&#339;il de la nuit. Au petit matin, l'inconfort des heures dans l'obscurit&#233; a raison de mes vell&#233;it&#233;s d'aventure. &#192; l'ouverture de la gare, je suis la premi&#232;re au guichet. Un train pour Toulouse part justement dans quelques minutes, je dormirai en chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
En gare de Matabiau, l'appr&#233;hension me prend &#224; l'id&#233;e de revoir ma m&#232;re. Je l'ai appel&#233;e depuis Strasbourg pour la pr&#233;venir que je partais sur les routes. Son affolement m'a fait lui raccrocher au nez. Au milieu de la rue Bayard, j'acc&#233;l&#232;re le pas : pourquoi redouter apr&#232;s tout, je la connais, elle va &#234;tre folle de joie. Rue Caffarelli, rue Bachelier. Je m'imagine d&#233;j&#224; raconter mes d&#233;boires &#8212; rue Maury &#8212; Horst, l'Allemagne, les &lt;i&gt;nudels&lt;/i&gt;. Rue Riquet qui n'en finit pas. Pour la nuit &#224; Colmar, je ne dirai rien. J'ai h&#226;te de prendre un bain, qu'on aille manger le long des all&#233;es Jean-Jaur&#232;s, en terrasse, comme on le fait parfois. Rue Bida. Olga ouvre la porte en peignoir, bouche b&#233;e yeux &#233;teints, ensuqu&#233;e par les m&#233;dicaments. Son visage s'&#233;claire &#224; ma vue &#8211; &#171; Je suis tellement soulag&#233;e que tu sois l&#224; &#187; &#8212; elle veut me prendre dans ses bras mais mon corps se raidit. Sa voix, p&#226;teuse. Regard noir, le mien. &#171; Ce n'est rien, j'ai juste augment&#233; la dose des anxiolytiques. &#187; Rien n'a chang&#233;. Les larmes me montent aux yeux tandis que je r&#233;ponds d'un ton dur : &#171; Je ne compte pas rester longtemps, tu sais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;pression se soigne, mais je ne le sais pas, ni ce dont elle souffre. Est-ce moi qui refuse de comprendre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle repart, assez vite, en clinique psychiatrique, je ne voudrai pas savoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun mot.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abandon, m&#234;me, n'est pas dit. Abandon ? Je suis juste en col&#232;re contre quelqu'un qui n'est pas l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me pas mal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je me r&#233;fugie dans l'appartement de Marie pr&#232;s du Couvent des Jacobins. Cuisiner une moussaka, un g&#226;teau &#224; l'orange, repeindre en rose p&#226;le la toile de verre des murs, sortir le chien, un cavalier King Charles &#8212; Marie me prend le bras alors, m'appelle sa fille &#8212; tout en parlant : douceur de la transmission lorsqu'elle est possible. Je lui corrige un paquet de copies, elle m'initie au fusain, je fais r&#233;viser son fils, elle m'offre un chevalet ou des tubes de peinture &#224; l'huile. Quand je passe prendre des affaires chez ma m&#232;re, il n'y a rien. Le bruit des voitures dans la rue, la gravure grise de l'entr&#233;e. Personne. Le yuca en pot survit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit que rien n'arrive, mais &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; est rarement de ce bois-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne, tout a boug&#233;, j'habite un T1bis pr&#232;s d'Esquirol et j'ai repris le th&#233;&#226;tre, un metteur en sc&#232;ne ayant pens&#233; &#224; moi pour sa prochaine cr&#233;ation, l'adaptation par Camus des &lt;i&gt;D&#233;mons&lt;/i&gt; de Dosto&#239;evski, dont j'ai lu les deux tomes d'une traite, il y a peu, loin de soup&#231;onner que j'entrerais bient&#244;t dans le roman, pour de vrai, en incarnant l'un des personnages. Incroyable ! Dosto&#239;evski d&#233;boule de l'au-del&#224; main tendue&#8230; On m'a confi&#233; le r&#244;le de Dacha, la jeune orpheline amoureuse de Stavroguine, le h&#233;ros tourment&#233; &#8212; ce que je suis pas mal &#233;galement : &#224; force de couper mes cheveux, la peau de mon cr&#226;ne appara&#238;t par endroits et un coiffeur de la rue Croix-Baragnon, rebut&#233;e par ma t&#234;te pel&#233;e, finit par la raser &#224; sec. Le metteur en sc&#232;ne valide la proposition, Dacha gardera l'apparence de Sinead O'Connor. Il me pr&#234;te d'ailleurs une dr&#244;le d'importance, amus&#233; quoi que je dise, quoi que je fasse. Pour mon personnage, il a choisi un costume de coll&#233;gienne &#8212; jupe courte, chaussettes blanches, chaussures plates &#8212; qui me d&#233;pla&#238;t, je dois m&#234;me enfiler sur mon collant une culotte Petit Bateau fournie par la costumi&#232;re. Histoire d'accentuer la r&#233;f&#233;rence &#224; &lt;i&gt;Lolita&lt;/i&gt; de Nabokov ? Pour qu'on ne voie pas mes fesses quand mon personnage se fait mettre &#224; terre brutalement par le com&#233;dien qui joue Stavroguine, dans un mouvement chor&#233;graphique pomp&#233; sur Pina Bausch ? Rien &#224; voir avec le roman de Dosto&#239;evski, mais l'effet saisit &#8212; tant pis pour mon coccyx. &lt;br class='autobr' /&gt;
Costume de gamine cr&#226;ne ras&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'une des com&#233;diennes exprime son malaise, je ne comprends pas trop, crois avoir d&#233;jou&#233; la g&#234;ne que ce costume me fait vivre. Au fil des r&#233;p&#233;titions, le metteur en sc&#232;ne impose ma pr&#233;sence, muette, dans pas mal de sc&#232;nes et, donc, &#224; presque toutes les r&#233;p&#233;titions. Il m'a confi&#233; le monologue qui cl&#244;t le spectacle, sollicite mon avis. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai appris qu'il avait un fils de mon &#226;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lui, quarante-cinq ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Instinctivement, je fais en sorte de ne pas me retrouver seule face &#224; lui, surveille mes gestes, reste sur mes gardes m&#234;me si son attention me trouble, il n'est jamais blessant avec moi comme avec les autres. Protecteur, je dirais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au m&#234;me moment, je m'impose une liste de contraintes cens&#233;es m'endurcir. Lire &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; deux livres par semaine, me nourrir principalement de caf&#233;, de pain aux noix et de fromage blanc, dormir peu&#8230; Une discipline &#224; m&#234;me d'&#233;loigner mes craintes ? M&#233;caniser les journ&#233;es, ne pas mollir. Dans le m&#234;me esprit, le T1bis lou&#233; au d&#233;but des r&#233;p&#233;titions doit rester sans confort. Un clic-clac, une table et deux chaises. Mais cela ne suffit pas &#224; pallier le cafard qui me tombe dessus r&#233;guli&#232;rement. Du haut de mes dix-sept ans, je manque clairement de rep&#232;res, de liens, de soutien. Un dimanche de novembre, plus esseul&#233;e qu'&#224; l'ordinaire, je pars &#224; la SPA de Toulouse adopter un chiot, sans avoir aucune id&#233;e de comment l'&#233;duquer. Luka &#8212; la boule de poils qu'on s'empresse de me confier &#8212; se m&#233;tamorphose au fil des semaines en un molosse de pr&#232;s de quarante kilos. Incontr&#244;lable sans laisse comme avec, je ne parviens pas &#224; lui transmettre la moindre r&#232;gle et dois l'enfermer dans l'appartement avant de partir r&#233;p&#233;ter. Le chien ne cesse d'aboyer, poussant mes voisins &#224; signifier leur exasp&#233;ration par des mots que je d&#233;couvre en rentrant, gliss&#233;s sous le paillasson. Le mini frigo dont j'ai consolid&#233; la fermeture par des bandes adh&#233;sives, est syst&#233;matiquement ouvert, et pill&#233;. Luka d&#233;vore tout, nourriture bien s&#251;r, mais aussi papiers, garniture de coussin, chaussettes oubli&#233;es sur le sol. Un soir, je prends peur : l'animal montre les crocs &#224; peine je fais mine d'approcher du clic-clac o&#249; il s'est install&#233;. Non sans mal je le ram&#232;ne &#224; la SPA o&#249; son origine, rest&#233;e vague lors de l'adoption, m'est r&#233;v&#233;l&#233;e : Luka est un Rottweiler crois&#233;. Le pauvre sera abandonn&#233; de nouveau. L'enfer est pav&#233; de bonnes intentions &#8212; une le&#231;on que je ne suis pas en mesure de tirer quand, au retour, plus soulag&#233;e que d&#233;sol&#233;e, un &lt;i&gt;Je ne voulais pas en arriver l&#224;&lt;/i&gt; tourne quand m&#234;me dans ma t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
La petite troupe form&#233;e au fil des r&#233;p&#233;tions me prend heureusement sous son aile. Je suis la plus jeune de la distribution, la plus fauch&#233;e aussi. On m'offre volontiers des coups &#224; boire, une assiette de frites. Quand les repr&#233;sentations des &lt;i&gt;D&#233;mons&lt;/i&gt; commencent, les d&#238;ners s'encha&#238;nent jusque tard dans la nuit, au bar qui jouxte le th&#233;&#226;tre ou &#224; &lt;i&gt;L'&#201;tincelle&lt;/i&gt;, pr&#232;s de la gare Matabiau, un restaurant ouvert 24h sur 24 connu des noctambules. Au milieu des bi&#232;res et des verres de vin rouge, la soir&#233;e est pass&#233;e au crible &#8212; frayeur en coulisse, oubli de r&#233;plique, fou rire r&#233;prim&#233; &#8212; entrecoup&#233;e d'anecdotes d'autres spectacles, forc&#233;ment dingues, d&#233;sopilantes. L'attention se dispute dans une ambiance bon enfant, les souvenirs flamboient. Vers minuit, quand les plats arrivent, quelqu'un commande une &#233;ni&#232;me bouteille et deux trois heures plus tard &#8212; je n'ai aucune envie de rentrer, m'accroche aux bras pr&#233;sents &#8212; il y a toujours quelqu'un pour me raccompagner au pied de mon immeuble. Malgr&#233; cette sollicitude toute parentale, ou peut-&#234;tre justement &#224; cause de celle-ci, je me sens aimant&#233;e par une spirale d'alcool dont les effets, au matin, mettent du temps &#224; se dissiper. Je me promets de rentrer t&#244;t. En vain. Pas un seul soir &#8212; costume suspendu, lumi&#232;re de loge &#233;teinte &#8212; je n'y suis parvenue. &#192; cela s'ajoute l'attitude toujours d&#233;sarmante du metteur en sc&#232;ne. Lors de la petite f&#234;te organis&#233;e pour mes dix-huit ans, alors que je d&#233;couvre les v&#339;ux d'anniversaire sign&#233;s au dos d'une affiche, le sien me fait sourire : &#171; Enfin majeure, on va pouvoir passer aux choses s&#233;rieuses ! &#187; Il me trouve donc vraiment du talent ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les relations avec ma m&#232;re se sont peu &#224; peu adoucies. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s sa derni&#232;re hospitalisation, Olga a &#233;t&#233; mut&#233;e &#224; Tarbes dans les Hautes-Pyr&#233;n&#233;es pour un mi-temps th&#233;rapeutique. Je vais parfois la voir durant les deux jours de rel&#226;che, dans l'appartement qu'elle a lou&#233; en p&#233;riph&#233;rie, au carrefour de plusieurs routes nationales, un trois pi&#232;ces sans charme v&#233;ritable trouv&#233; dans la pr&#233;cipitation de la mutation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tarbes, berceau pyr&#233;n&#233;en du Mar&#233;chal Foch, escale du tour de France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sp&#233;cialit&#233;s b&#233;arnaises : garbure et g&#226;teau &#224; la broche.&lt;br class='autobr' /&gt;
La ville abrite des r&#233;giments de parachutistes qu'on croise parfois dans les rues du centre, &#233;chapp&#233;s de leur caserne, uniforme et bardas. Apr&#232;s Vichy, ma m&#232;re a le chic pour tomber sur des villes qui ne l'emballent pas, elle qui n'aime ni la montagne ni le tour de France. Mais elle s'accroche, &#224; la veille de ses cinquante ans, au fait d'aller enfin mieux. Gr&#226;ce &#224; la reprise du travail de l'une comme de l'autre, nous nous r&#233;jouissons de remonter la pente et, ce jour-l&#224;, je suis venue l'aider &#224; vider ses derniers cartons. Depuis un moment, je passe d'un souvenir &#224; l'autre, d&#233;ballant d'anciens carnets de correspondance, ma collection de fiches dessert que j'entourais d'un &#233;lastique au temps des r&#234;ves de chaumi&#232;re ou encore plusieurs pochettes de mots griffonn&#233;s s'excusant d'un retard, d'un emportement. Tr&#233;sors minuscules sauvegard&#233;s. &#171; Et &#231;a, c'est quoi ? &#187; Je viens de piocher dans un bac en plastique deux cahiers orange &#224; spirales noircis d'une &#233;criture que je ne reconnais pas. &lt;br /&gt;&#8212; Les m&#233;moires d'Adeline.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu veux dire&#8230; mamie ?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui.
&lt;br /&gt;&#8212; Mamie a &#233;crit ses m&#233;moires ? Je ne savais pas&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Elle a toujours beaucoup &#233;crit. Claude a gard&#233; ses romans et ses pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre. J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; le journal. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re ne m'en a jamais parl&#233;. Je d&#233;couvre du m&#234;me coup que ces m&#233;moires lui sont d&#233;di&#233;es ainsi qu'&#224; mon oncle et sa femme &#8212; et &#224; nous, ses quatre petits-enfants. &#171; S'ils veulent me lire &#187;, a pr&#233;cis&#233; ma grand-m&#232;re &#224; l'encre noire, en bas &#224; droite de la page de garde. Un peu plus haut soulign&#233; &#224; la r&#232;gle, un titre se d&#233;tache : &lt;i&gt;C'&#233;tait le mois d'ao&#251;t 1971&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nous promettons de combattre 10</title>
		<link>https://www.cosidor.net/ecriture/article/nous-promettons-de-combattre-10</link>
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		<dc:date>2024-06-09T12:34:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Cillaire</dc:creator>


		<dc:subject>archive</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; EIN FREUNDLICHES ZIMMER &#187; Premi&#232;re &#233;tape, Paris gare de l'Est. Bousculade des touristes qui guettent l'entr&#233;e du m&#233;tro, envol de pigeons. Je tourne un moment dans le hall avant de rep&#233;rer COBLENCE au-dessus d'une des voies, d'acc&#233;l&#233;rer c&#339;ur battant. Quand le trainil le train s'&#233;lance, une sensation d&#233;licieuse m'envahit, un arrachement, comme si l'existence &#233;tait neuve d&#233;sormais, des banquettes orange de la SNCF aux paysages acc&#233;l&#233;rant par la vitre. Je suis partie, enfin. Je n'en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; EIN FREUNDLICHES ZIMMER &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape, Paris gare de l'Est. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bousculade des touristes qui guettent l'entr&#233;e du m&#233;tro, envol de pigeons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je tourne un moment dans le hall avant de rep&#233;rer COBLENCE au-dessus d'une des voies, d'acc&#233;l&#233;rer c&#339;ur battant. Quand le trainil le train s'&#233;lance, une sensation d&#233;licieuse m'envahit, un arrachement, comme si l'existence &#233;tait neuve d&#233;sormais, des banquettes orange de la SNCF aux paysages acc&#233;l&#233;rant par la vitre. Je suis partie, enfin. Je n'en reviens pas. &#192; mesure que les villes d&#233;filent, mes nerfs se d&#233;tendent. Je relis quelques pages d'&lt;i&gt;Une Saison en enfer&lt;/i&gt;, &#233;coute sur mon baladeur-CD les quatuors &#224; cordes de Chostakovitch, souris aux plaisanteries du contr&#244;leur qui s'attarde dans le wagon. Forbach, &#231;a y est, on va passer la fronti&#232;re ! &lt;i&gt;Saarbr&#252;cken&lt;/i&gt; &#8212; quelques heures encore jusqu'&#224; &lt;i&gt;Koblenz&lt;/i&gt; o&#249; le train s'arr&#234;te &#8212; je me pr&#233;cipite sur le quai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Haute et large silhouette, Horst m'attend.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'a pas menti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Accolade, sourires furtifs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon sac &#224; dos sur son &#233;paule, nous allons jusqu'&#224; la voiture puis, deux minutes plus tard, roulons en en routdirection de Bell. Sur place, j'aper&#231;ois quelques rues autour d'une &#233;glise, un march&#233; couvert. Bell est donc un village &#8212; l'&#233;quivalent du Mayet-de-Montagne &#8212; au milieu de nulle part. Horst s'est gar&#233; devant la b&#226;tisse qui abrite le th&#233;&#226;tre. Je comprends qu'il dort &#224; l'&#233;tage, un trois pi&#232;ces qu'il s'empresse de me faire visiter, encombr&#233; d'affiches et d'accessoires de sc&#232;ne. Quelques plantes grasses poussi&#233;reuses. Deux chambres &#224; coucher dont celle &lt;i&gt;f&#252;r Freunde&lt;/i&gt; o&#249; il d&#233;pose mon sac avant d'aller d&#233;capsuler des Pilsner pour trinquer &#224; mon arriv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'informe ma m&#232;re par t&#233;l&#233;phone que le voyage s'est bien pass&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier jour, je suis Horst partout, du coin-administration situ&#233; au rez-de-chauss&#233;e jusqu'&#224; la salle o&#249; des com&#233;diens r&#233;p&#232;tent je ne sais quoi. Les regards qu'on m'adresse sont curieux, un peu hostiles. Je voudrais parler, mais l'allemand dont je connais assez bien les d&#233;clinaisons et les verbes forts reste coinc&#233; &#8212; aucune phrase, m&#234;me la plus simple, ne me vient. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le lendemain, Horst me confie un double des cl&#233;s, libre &#224; moi d'aller et venir comme je l'entends. Je tra&#238;ne un peu dans le village, t&#226;chant de masquer mon d&#233;s&#339;uvrement. Au troisi&#232;me jour, je fais la connaissance d'Andreas, son fils &#226;g&#233; de deux ans. Horst l'a r&#233;cup&#233;r&#233; le temps d'un week-end et l'enfant devient mon compagnon d'ennui. Je le prom&#232;ne d'un &#233;tage &#224; l'autre, l'amuse avec des Carabi titi, Carabo toto, lui pr&#233;pare son plat pr&#233;f&#233;r&#233;, des &lt;i&gt;nudels&lt;/i&gt; au thon. Andreas ne quitte plus mes bras et son &#233;merveillement devant toute chose me distrait. Tandis que nous jouons ensemble, Horst nous observe d'un &#339;il attendri. Malheureusement, le petit doit bient&#244;t retourner chez sa m&#232;re dans la ville voisine. De nouveau, c'est le d&#233;s&#339;uvrement. Chaque matin, je reste presque une heure dans la baignoire ronde qui occupe les trois-quarts de la salle de bain, seul luxe de l'appartement, install&#233;e par le fr&#232;re de Horst, artisan plombier. J'essaie de lire le recueil de Ren&#233; Char qu'avec Rimbaud, j'ai pris avec moi. Sa lecture ne me suscite pas beaucoup de frissons. J'ose de moins en moins m'aventurer au rez-de-chauss&#233;e par peur de croiser des &lt;i&gt;Allemands&lt;/i&gt;. Feuilletage des magazines entass&#233;s sur la table basse, &#233;bauche d'une &#233;pop&#233;e rh&#233;nane fa&#231;on Apollinaire. Je r&#233;alise que je suis l&#224; sans projet pr&#233;cis et Horst (&#171; Tu peux m'appeler Hotte si tu veux &#187;) ne me pose toujours pas de questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le septi&#232;me jour, je me risque &#224; explorer les alentours de Bell. Point de for&#234;t de bouleaux ni de foug&#232;res ni de marais, mais des routes plates goudronn&#233;es, bord&#233;es de champs g&#233;om&#233;triques vert avocat. Personne. Le ciel est bas, lourd, j'avance sans savoir o&#249; je suis, un peu h&#233;b&#233;t&#233;e, sans lien avec ce qui m'entoure. Au d&#233;tour d'un hameau d&#233;sert, je pousse la porte d'un salon de th&#233;, commande un g&#226;teau bizarre que je mange en compagnie des deux autres clientes, des vieilles dames poudr&#233;es qui impriment sur la fa&#239;ence blanche, &#224; chaque gorg&#233;e, leurs l&#232;vres fuchsia. J'en profite pour rouler en r&#233;serve une dizaine de cigarettes. Je ne saisis pas plus leur conversation que les paroles des chansons de vari&#233;t&#233; qui passent &#224; la radio. De retour au village, je retrouve le chemin du th&#233;&#226;tre puis, yeux baiss&#233;s dans l'escalier, l'appartement du premier &#233;tage. Ce soir-l&#224;, j'emprunte &#224; Horst ses ciseaux de cuisine pour couper plus court mes cheveux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, il m'am&#232;ne chez l'amie qui l'aide &#224; monter son &#171; Dario Fo Fest &#187;, le festival qu'il consacre au dramaturge italien. Une immense blonde nous ouvre la porte en souriant, un enfant cal&#233; sur sa hanche, et nous invite &#224; la suivre dans une pi&#232;ce recouverte de lambris. Par terre, un autre gar&#231;on est en train de jouer avec un camion en bois. Sur les &#233;tag&#232;res, parfaitement align&#233;es, des rang&#233;es de bocaux remplis de c&#233;r&#233;ales, miel brun, confiture faite maison. Birgit &#8212; c'est son pr&#233;nom &#8212; nous pr&#233;pare du th&#233; puis sort du r&#233;frig&#233;rateur un pot en verre g&#233;ant, rempli de yaourt mauve. Tout en parlant avec Horst (je comprends ci et l&#224; &lt;i&gt;wunderbar&lt;/i&gt;, Dario Fo, &lt;i&gt;Theater&lt;/i&gt;), elle enfourne des cuiller&#233;es de yaourt dans la bouche de ses fils puis, discussion finie, nous raccompagne jusqu'au perron. Apr&#232;s l'habituel &#233;change de &lt;i&gt;Tsch&#252;ssssss&lt;/i&gt; !, je marche derri&#232;re Horst jusqu'&#224; la voiture, cheveux ras pull informe. &lt;br class='autobr' /&gt;
La p&#233;riode d'observation a-t-elle assez dur&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir suivant, nous sommes en train de converser en fran&#231;ais selon un d&#233;bit laborieux, moi sur le canap&#233; d&#233;fonc&#233; du salon, lui sur la chaise en plastique qui fait face, quand il s'approche et colle son corps massif contre mon dos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses mains sur mes &#233;paules, une amorce de massage.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#199;a va pas, non ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mouvement brusque suivi d'un claquement de porte. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#212; saison &#244; ch&#226;teau quelle &#226;me est sans d&#233;faut ? &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ma chambre ferm&#233;e &#224; cl&#233;, des questions se bousculent &#8212; ai-je mal interpr&#233;t&#233; son geste ? L'ai-je provoqu&#233; ? La honte que je ressens me rappelle l'un des derniers s&#233;jours chez mon p&#232;re, le soir de mes quinze ans. Pour marquer le coup, il avait achet&#233; une tarte au Montlaur que nous avions mang&#233;e devant un western, &lt;i&gt;La Captive aux yeux clairs&lt;/i&gt; dans mon souvenir. Au g&#233;n&#233;rique de fin, il avait quitt&#233; la pi&#232;ce &#8212; &lt;i&gt;Pense &#224; &#233;teindre&lt;/i&gt; &#8212; contrari&#233; que je m'endorme une fois encore devant la t&#233;l&#233;, lumi&#232;re allum&#233;e, devant un autre film. Apr&#232;s avoir choisi une VHS pour son titre &#8212; &lt;i&gt;Les Galettes de Pont-Aven&lt;/i&gt; &#8212; j'enclenche le magn&#233;toscope. Bonne pioche. Un repr&#233;sentant en parapluies &#233;cume les petites villes bretonnes &#224; bord de sa R16. C'est marrant, oui, d'autant que l'acteur principal, Jean-Pierre Marielle, est le sosie de mon p&#232;re. M&#234;mes nez, stature et calvitie, m&#234;me voix caverneuse. Assez vite cependant, le sc&#233;nario d&#233;rape. Marielle &#8212; mon p&#232;re, donc &#8212; se met &#224; tripoter Madame Licquois (Andr&#233;a Ferr&#233;ol), la patronne de la boutique de parapluies puis les voil&#224; au lit, mon p&#232;re poilu sous un Marcel blanc, en train de malaxer les seins de la patronne et de lui susurrer &#224; l'oreille &#171; Tu sens la pisse, toi, pas l'eau b&#233;nite ! &#187; de sa voix de crooner.&lt;br class='autobr' /&gt;
STOP.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi n'ai-je rien vu venir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Na&#239;ve, jusqu'&#224; l'idiotie.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fin de soir&#233;e, je me r&#233;sous &#224; gagner la cuisine sur la pointe des pieds. Sous la lumi&#232;re blafarde du n&#233;on, Horst est en train de boire une bi&#232;re, qui brise la g&#234;ne le premier. &#192; ses yeux, ma venue est motiv&#233;e par des intentions claires : faire du th&#233;&#226;tre et partager son intimit&#233;. Je l'ai rejoint comme on rejoint un amant &#8212; &#171; Non ? &#187; Lors du stage de th&#233;&#226;tre deux ans auparavant, je n'avais pas remarqu&#233; les longs poils noirs qui pars&#232;ment sa nuque. &#171; Si tu as chang&#233; d'avis ou si je me suis tromp&#233;, ajoute-t-il, tu n'es pas oblig&#233;e de partir, tu restes la bienvenue &#187;. Non, bien s&#251;r, je ne suis pas ici pour&#8230; mais pour&#8230; Je ne sais pas au juste. La discussion prend fin. Horst me fait une tape affectueuse sur la t&#234;te avant de rejoindre son bureau. Dois-je partir en cachette ? Rester ? Un instant je m'imagine sous le corps en sueur du quadrag&#233;naire ventru. &#171; Tu n'es pas la premi&#232;re jeune femme que je connais, tu sais &#187;, a-t-il dit tout &#224; l'heure, et ses yeux ont roul&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au matin, j'aimerais que ma m&#232;re soit l&#224;, pr&#232;s de moi. Quand je finis par sortir de la chambre, Horst s'est d&#233;j&#224; &#233;clips&#233; en r&#233;p&#233;tition. Le soir m&#234;me, j'annonce qu'il nous est d&#233;sormais impossible de vivre sous le m&#234;me toit. Ma d&#233;cision est prise, je pr&#233;f&#232;re partir. &#171; Okay. Je vais t'aider avec les horaires de train &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon d&#233;part s'effectue sans plus d'&#233;clat que mon arriv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant le trajet en voiture vers Koblenz, j'enclenche dans le lecteur CD mes quatuors de Chostakovitch. &#171; C'est sympa &#187;, dit Horst, et nous roulons jusqu'&#224; la gare sans parler, le d&#233;cha&#238;nement des cordes donnant corps &#224; ma d&#233;ception. Je me revois &#224; l'aller, excit&#233;e, confiante en l'aventure qui s'annon&#231;ait. &lt;i&gt;Jusqu'&#224; l'idiotie.&lt;/i&gt; Un sentiment confus d'humiliation. Sur le quai de la gare, apr&#232;s une embrassade embarrass&#233;e, Horst me tend une banane en vue du voyage et m'aide &#224; hisser mon sac. Je n'ai pr&#233;venu personne du revirement de ma fuite &#8212; &#171; Je ne reviendrai probablement pas avant longtemps &#187;, avais-je cru bon d'affirmer &#224; ma m&#232;re, lors de la petite c&#233;r&#233;monie organis&#233;e la veille du d&#233;part par Marie. Dix jours &#224; peine ont pass&#233;. Le bail de la rue du Crucifix a &#233;t&#233; r&#233;sili&#233;. Nous sommes en mars. Que vais-je faire &#224; Toulouse ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le billet va jusqu'&#224; Strasbourg o&#249; je descends, d&#233;sorient&#233;e. Mon sac &#224; dos p&#232;se plus lourd qu'&#224; l'aller. Je prospecte les alentours de la gare puis j'emprunte la rue du Vingt-Deux novembre, une art&#232;re anim&#233;e aux enseignes famili&#232;res, de celles qu'on voit dans les centres-villes, Kooka&#239;, Pimkie, Brioche dor&#233;e. Les gens s'affairent, c'est l'heure de d&#233;jeuner. &#192; l'affiche d'un petit cin&#233;ma coinc&#233; entre deux immeubles, on donne un cycle Carlos Saura. Enfant, j'ai vu plusieurs films de ce cin&#233;aste espagnol que ma m&#232;re aime beaucoup : &lt;i&gt;Ana y los lobos&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Cr&#237;a Cuervos&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;Carmen&lt;/i&gt; qu'on projette justement &#224; 14 heures. Le temps de manger un bretzel aux gros grains de sel achet&#233; quelques francs et je m'engouffre dans le noir. Paco de Luc&#237;a n'a qu'&#224; broder en rythme sur les pas martel&#233;s des danseuses pour que mon c&#339;ur se soul&#232;ve. L'Espagne ! Amour, trag&#233;die, flamenco &#8212; tout ce que ma famille catalane juge ridicule me fait malgr&#233; moi frissonner. Je me rappelle qu'&#224; huit ans, lors de l'habituel s&#233;jour chez les grands-oncles et tantes, j'avais obtenu le droit &#171; d'espagnoliser &#187; ma chambre du Mayet. J'avais donc d&#233;scotch&#233; Jeanne Mas, Tina Turner et Patrick Bruel pour clouter &#224; la place des posters &lt;i&gt;Podium magazine&lt;/i&gt; les souvenirs folkloriques venus de Barcelone, une paire de castagnettes, un &#233;ventail &lt;i&gt;Sagrada Familia&lt;/i&gt; d&#233;ploy&#233;, un ch&#226;le &#224; franges brod&#233; rouge et noir. Une &lt;i&gt;Bailaora&lt;/i&gt; en plastique tr&#244;nait sur mon lit. Fiert&#233; ultime, Lina m'avait imit&#233;e. Dans l'obscurit&#233; de la salle de cin&#233;ma, cette m&#234;me s&#233;duction est en train d'op&#233;rer : alors qu'Antonio et Carmen se lancent des regards de braise avant de se jeter dans les bras l'un de l'autre, j'oublie Bell, Horst et les &lt;i&gt;nudels&lt;/i&gt; au thon. &#192; la fin de la projection, de retour dans les rues strasbourgeoises inond&#233;es de soleil, l'inqui&#233;tude m'a quitt&#233;e. Je d&#233;cide de m'offrir une nuit d'h&#244;tel avec l'argent que, la veille de l'ex-grand d&#233;part, j'ai vid&#233; de mon livret Caisse d'&#233;pargne. &#192; la r&#233;ception, l'employ&#233; me facture une nuit&#233;e sans poser de question. Je d&#233;pose mon sac dans la chambre au lit simple, prends une douche, noircis mes yeux de kh&#244;l et ressors dans la ville, bien r&#233;solue &#224; fl&#226;ner. &#192; peine ai-je progress&#233; au hasard que l'inqui&#233;tude me rattrape : o&#249; aller sans rep&#232;res ? Le go&#251;t de l'aventure est fugace, je me dis en poussant la porte d'un restaurant de la cha&#238;ne &lt;i&gt;Bistro romain&lt;/i&gt;, choisi pour la simple raison que j'y ai d&#233;j&#224; mang&#233; avec ma m&#232;re, place Wilson &#224; Toulouse. Seule &#224; une table, je commande une salade ni&#231;oise et, comme j'ai souvent vu Olga le faire, un quart de ros&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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